Trois Filles et leurs Mères

Trois Filles et leurs Mères: Duras, Beauvoir, Colette. De Sophie Carquain. Editions Charleston. 294 pages. (2014)

Ce livre regroupe 3 biographies romancées d’auteures ayant marqué leur époque, à travers les relations qu’elles entretenaient avec leurs mères.

Sophie Carquain commence avec Marguerite Duras. C’est la partie du livre que j’ai préférée, sans doute du fait qu’une grande partie du récit se déroule en Asie. Même si cet aspect n’est pas extrêmement développé, l’ambiance de l’époque coloniale est parfaitement restituée, tout comme les aléas du climat ou les habitudes des Français d’Indochine. De Duras, j’ai lu un recueil de nouvelles (La Douleur, qui m’avait beaucoup parlé) et L’Amant de la Chine du Nord, qui m’avait mise plutôt mal à l’aise. Un Barrage contre le Pacifique est dans ma wishlist depuis longtemps et cette biographie, bien que romancée, m’a suffisamment fascinée pour me donner envie de m’y plonger plus vite que prévu.

L’auteure nous entraîne ensuite dans la vie de Simone de Beauvoir, tellement différente de celle de Duras qu’on se sent emporté quasiment dans un autre monde. Une vie totalement différente, qui tourne pourtant elle aussi autour d’une figure maternelle incontournable. Le récit est tout aussi intéressant que le précédent et donne tout autant envie d’en découvrir plus sur l’oeuvre de Beauvoir, dont je n’ai lu que des extraits jusqu’ici, même si Mémoires d’une jeune Fille rangée est dans ma PAL depuis longtemps (si vous l’avez lu, n’hésitez pas à me donner votre avis 😉 ).

Nous partons pour finir sur les traces de Colette, toujours à travers la relation – tumultueuse – que celle-ci entretenait avec sa mère. C’est la partie du livre qui m’a le moins intéressée, du fait que je venais de lire une biographie de Colette et que j’ai eu la sensation de relire quasiment la même chose, même si Sophie Carquain s’intéresse à un thème en particulier.

Au-delà de l’aspect biographique, c’est évidemment ce qui concerne la condition des femmes qui m’a le plus intéressée ici. L’accent est souvent mis sur la comparaison entre la vie des mères et des filles, l’évolution qui a été (ou pas) possible entre les unes et les autres.

Dans l’ensemble, une lecture très intéressante, très documentée, bien écrite, qui m’a donné envie de lire les auteures dont il est question. A découvrir, en se rappelant malgré tout qu’il s’agit de biographies romancées.

Si vous avez lu ce livre, je serais curieuse de connaître votre avis. Laquelle de ces auteures avez-vous pris le plus de plaisir à découvrir?

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Certains livres cités ici ont un billet sur le blog, pour les autres je vous renvoie à leur fiche LivrAddict si vous voulez en savoir plus: La Douleur et Un Barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras; Mémoires d’une jeune Fille rangée de Simone de Beauvoir.

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Des petits nouveaux dans ma PAL

Même si je suis devenue bizarrement raisonnable, j’ai quelques nouveautés à vous montrer 🙂

Les derniers parus de chez DC-Eaglemoss Collections:

Un livre offert par une copine qui porte le même intérêt que moi à ce genre de sujets:

Et je vous montre de plus près les livres achetés lors de la vente à ma médiathèque l’autre jour:

De chouettes lectures en perspective 🙂 Si vous en avez lu certains, votre avis m’intéresse, vous me donnerez peut-être envie de les sortir très vite de ma PAL 😉

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Sériemaniac épisode 2: 1 pitch, 2 séries

Un homme que l’on croyait mort revient en Angleterre, affublé d’une cicatrice au visage. Il découvre que son père est décédé et que la femme qu’il aime a trouvé un nouveau compagnon.

Ce pitch, c’est celui de 2 séries totalement différentes à la fois dans leur sujet et dans leur traitement: Taboo et Poldark.

Les ressemblances entre les 2 m’ont tellement frappée que je n’ai pas pu m’empêcher de les chercher alors qu’à la base rien ne permettait de penser que ces 2 séries avaient le moindre point commun.

Chronologiquement, Poldark est la série qui vient en 1er, mais c’est Taboo que j’ai découverte d’abord et c’est donc celle-ci que je commencerai par vous présenter.

Taboo. Série britannique créée par Steven Knight pour BBC, d’après une histoire et Tom et Edward Hardy. Avec entre autres Tom Hardy, Jonathan Pryce, Leo Bill, Jessie Buckley, Mike Kelly et Oona Chaplin. Drame historique. 8 épisodes de 60 minutes. 2017.

James Delaney était présumé mort depuis une douzaine d’années lorsqu’il revient en Angleterre. Il découvre que son père a probablement été assassiné et que sa soeur s’apprête à vendre son héritage, la terre de Nootka, située en Amérique du Nord, à la toute-puissante Compagnie des Indes. Le retour de James compromet les plans de tout ce petit monde.

La série est glauque, voire très glauque. C’est violent, c’est cru, c’est sombre: meurtres, inceste, cannibalisme, trahison, tortures, rien n’est épargné au spectateur, ni les flaques de sang, ni les scènes de sexe ou de nudité. Clairement, ce n’est pas une série pour les enfants ou les âmes sensibles.

Les personnages sont presque tous des psychopathes violents, au point que certains passages hallucinatoires donnent l’impression que la série va sombrer dans le fantastique. La folie, sous plusieurs formes, est omniprésente et plane sur l’ensemble d’une intrigue qui devient rapidement très addictive. Qu’ils soient dévorés par la soif de pouvoir ou le désir de vengeance, par leurs obsessions sexuelles ou leurs désirs fantasmagoriques, les protagonistes devraient faire peur ou rebuter le spectateur. Ils n’en sont en fait que plus fascinants au fil des épisodes.

Les acteurs sont magistraux, menés par un Tom Hardy monolithique et violent ultra convaincant et un Jonathan Pryce qui laisse transparaître une intolérable cruauté sous un vernis raffiné, quoiqu’impitoyable. Même les seconds rôles sont impeccables et contribuent à asseoir une ambiance lourde et terriblement glauque. Seule la prestation de Mark Gatiss m’a laissée dubitative, bien que j’apprécie cet acteur par ailleurs, du fait que j’ai trouvé le maquillage dont il est affublé complètement raté et ai donc eu du mal à croire à son personnage.

Une série très réussie, super addictive, convaincante, bien que la violence soit filmée avec un peu trop de complaisance à mon goût. A noter qu’une saison 2 a été annoncée et que le season finale me rend très impatiente de la découvrir.

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Poldark. Série britannique créée par Debbie Horsfield pour BBC One, d’après la série de romans éponymes de Winston Graham. Avec entre autres: Aidan Turner, Eleanor Tomlinson, Ruby Bentall, Kyle Soller, Jack Farthing et Heida Reed. Romance historique. 2 saisons, 18 épisodes. 2015.

Fin du 18e siècle. De retour d’Amérique où il a combattu du côté des Anglais, Ross Poldark découvre que son père, ruiné, est décédé, qu’on le croyait lui-même mort au combat et que sa fiancée s’apprête à épouser son riche cousin. Son maigre héritage tombe en ruines et il va essayer de remettre en état le peu qui lui reste, dans une région minière sinistrée où les nantis font la loi et les pauvres meurent de faim.

Contrairement à ce que ce résumé plutôt déprimant peut laisser croire, la série baigne dans une atmosphère fraîche et romantique, tant grâce à son histoire qu’à ses magnifiques paysages. Les personnages évoluent dans de très beaux décors, même lorsqu’il s’agit de masures, tout reste pittoresque et bienséant. Ross Poldark passe énoooormément de temps à chevaucher ici et là sur fond d’océan, de falaises et de couchers de soleil ou à travailler sur son domaine en exhibant son torse musclé et son air tourmenté ou son sourire charmeur.

Au 1er abord, la série se présente comme une romance historique basique (certains affirment qu’il s’agit de faire concurrence à Outlander, l’aspect fantastique en moins); elle a le mérite de proposer en parallèle, même si c’est parfois un peu succinct, une réflexion sur la société de l’époque et sur la condition des femmes. Mais on reste toujours dans le poli et le joli. Le contraste n’en est que plus saisissant, mais je pense honnêtement que le but essentiel de l’histoire est d’attirer un public féminin en quête de romantisme et d’un beau héros tourmenté.

Ce n’est pas déplaisant, grâce notamment aux paysages qui permettent de belles images, l’histoire lorgne vaguement du côté de Jane Austen et l’intrigue générale n’est pas inintéressante. Mais l’ensemble souffre selon moi de beaucoup trop de remplissage et d’ellipses temporelles pour être totalement convaincant. Malgré les ellipses, souvent il ne se passe absolument rien et certains épisodes m’ont semblé très longs. J’ai d’ailleurs abandonné mon visionnage avant la fin de la 1e saison.

A noter qu’une 3e saison est actuellement en cours de production.

Vous l’aurez compris, de ces 2 séries au point de départ similaire, c’est Taboo qui a su me convaincre. Poldark est trop mièvre et trop prévisible à mon goût (au vu du trailer, on devine tout ce qui va se passer); les personnages sont trop lisses et trop manichéens. Restent de beaux paysages et des images superbes. Taboo serait une version glauque et malsaine (et boueuse. Très boueuse.), tandis que Poldark serait la version midinette et fleur bleue. Je pense que les 2 ont leur place et qu’il y a un public pour les 2 genres, parfois ce sera peut-être le même, d’ailleurs ^^ Si vous devez n’en voir qu’une, cependant, je vous conseille plutôt Taboo, que je trouve nettement mieux ficelée. Après une première impression mitigée, je suis vite devenue accro et j’ai hâte de voir la suite 🙂

Avez-vous vu l’une ou l’autre de ces séries (ou les 2)? Qu’est-ce que vous en avez pensé? Laquelle préférez-vous ou vous attire le plus?

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The Expanse tome 2: La Guerre de Caliban

La Guerre de Caliban - The Expanse tome 2

The Expanse tome 2: La Guerre de Caliban. De James S.A. Corey. Editions Babel. 715 pages. (2012)

Billet garanti sans spoiler!

Suite aux évènements du 1er tome, nous retrouvons l’équipage du Rossi alors que la guerre est sur le point d’éclater (encore) entre Mars et la Terre. La disparition d’une fillette, la destruction d’une base sur Ganymède et l’intervention d’Holden risquent de mettre le feu aux poudres.

Il est compliqué de choisir les informations à donner dans un résumé, tellement tout est imbriqué dans cette histoire et tellement le risque de spoiler en est accru!

Il faut dire que, comme le 1er tome, La Guerre de Caliban est d’une richesse et d’une densité rares dans le space-opera contemporain. Les différentes intrigues se croisent ou semblent s’éloigner pour finir par n’en former qu’une, plus vaste et plus haletante qu’on ne pouvait le croire.

Car le prologue laisse penser qu’on va partir dans un schéma identique à celui de L’Eveil du Léviathan, qu’on va suivre à la fois une enquête et des aventures dans l’espace. Et c’est effectivement ce qu’on trouve dans cette saga, mais on y trouve bien plus encore. Action, guerre, romance, tractations politiques, découverte du système solaire, horreur et drame ne sont que quelques-uns des ingrédients utilisés par les auteurs pour maintenir le lecteur en haleine tout au long de ces 715 pages pleines de rebondissements et d’évènements. Et c’est tout aussi palpitant et addictif que l’était le 1er tome.

Le style est très fluide et les explications techniques sont hyper accessibles. Il y a également beaucoup d’humour, notamment à travers les réflexions d’Avasarala à l’égard d’Holden. Les personnages sont attachants, même ceux dont on pensait au départ qu’ils allaient nous ennuyer. L’histoire est racontée de 4 points de vue différents. Au début, c’est un peu frustrant, en grande partie du fait qu’il y a beaucoup de noms et de fonctions à intégrer. Mais finalement on est tellement vite happé par le récit que tout passe comme une lettre à la poste. Le ton sarcastique d’Avasarala aide grandement à faire passer tout ce qui pourrait paraître un peu trop complexe au départ dans la situation politique.

J’avais commencé à visionner la saison 2 de la série tirée des livres, avant de me rendre compte que les épisodes reprenant l’intrigue du 1er tome spoilaient énormément le tome 2. J’ai donc mis de côté mon visionnage et je ne le regrette pas: les personnages sont tellement meilleurs dans les livres!

Que dire de plus? J’ai tout autant adoré ma lecture de La Guerre de Caliban que celle de L’Eveil du Léviathan et je meurs d’impatience en attendant la sortie en format poche du tome 3, La Porte d’Abaddon, prévue pour septembre prochain. La meilleure SF que j’aie eu l’occasion de lire depuis très longtemps 🙂

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Il faut sauver John Lennon

il-faut-sauver-john-lennon - Mo Daviau

Il faut sauver John Lennon. De Mo Daviau. Editions Presses de la Cité. 320 pages. (2017)

Résumé de l’éditeur: « Et si vous pouviez remonter le temps pour voir le concert de n’importe quel groupe, lequel choisiriez-vous ? »

Karl Bender, barman et rocker, mène une vie tranquille jusqu’au jour où, à la recherche de ses vieilles rangers, il découvre dans son armoire un portail temporel. Son pote Wayne, informaticien, parvient à créer une machine capable de le contrôler. Une véritable aubaine : ils peuvent maintenant assister aux concerts les plus mythiques… et, fines mouches, mettre en vente des places pour les clients du bar !
Wayne, pour sa part, ne veut pas s’arrêter là. Il va faire quelque chose de grandiose : empêcher l’assassinat de John Lennon.

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J’ai lu ce livre grâce à Netgalley et aux éditions Presses de la Cité, que je remercie 🙂

Le point de départ de ce livre est particulièrement alléchant: 2 gentils loosers fans de musique découvrent un portail temporel dans un placard 😆 et s’en servent pour aller assister à des concerts mythiques. Pas pour aller tuer un dictateur ou empêcher une catastrophe. ça change! Et d’emblée ça les rend sympathiques! Puis Wayne, le geek de l’équipe, se met en tête d’aller sauver John Lennon et là, c’est raccord avec le titre. On se dit qu’on va faire un vrai voyage dans le temps avec Wayne, qu’il va y avoir de l’action et que l’histoire de la musique va changer.

Sauf que Karl fait une fausse manip et envoie son copain au 10e siècle…

Exit John Lennon, bienvenue Lena, astrophysicienne punk et paumée, chargée de trouver comment ramener Wayne à notre époque. S’ensuit un peu de romance, des séquences nostalgie et des réflexions sur la musique et sur les occasions ratées.

C’est plutôt sympa, bien écrit, on s’attache assez facilement aux personnages et le côté n’importe nawak de l’affaire rend l’ensemble plutôt addictif. Les amateurs de musique apprécieront les références qui parsèment l’histoire. D’ailleurs Presses de la Cité propose une playlist pour accompagner la lecture, ce qui est plutôt sympa. On y retrouve notamment Iggy Pop, Kate Bush ou les Pixies.

Mon problème avec ce livre, tout plaisant qu’il soit, c’est son titre français. Je n’irai pas jusqu’à le qualifier de mensonger, mais il induit fortement en erreur, surtout que le résumé ne rectifie pas vraiment le tir. Du coup grosse déception pour moi lorsque j’ai dû me faire une raison: du sauvetage de John Lennon, il ne sera pas question. Ici c’est juste un prétexte à un enchaînement de situations sans aucun rapport avec un chanteur mythique.

Au final, ma lecture a été sympathique, mais je reste mitigée du fait de la confusion entre ce que laissait espérer le titre et le contenu réel. Je vous conseillerai donc de vous faire votre propre avis sur ce livre, mais en gardant en tête que John Lennon n’est qu’un prétexte et pas partie prenante de l’histoire.

Et vous, si vous pouviez aller voir un concert mythique, ce serait lequel? 🙂

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Pause lecture #26

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La Mort dans les Nuages

La Mort dans les Nuages. D’Agatha Christie. Editions du Masque. 223 pages. (1935)

Un meurtre est commis dans un avion au cours d’un vol entre la France et l’Angleterre. Hercule Poirot, qui se trouvait à bord, va mener l’enquête entre les 2 pays. Il faut dire que la méthode utilisée pour assassiner la victime est pour le moins inhabituelle et laisse la police perplexe des 2 côtés de la Manche.

Encore un huis-clos, encore une brochette de suspects, encore une arme du crime originale. On pourrait penser qu’à force de toujours utiliser les mêmes recettes, Agatha Christie finirait par lasser, pourtant j’ai passé un excellent moment avec ce livre 🙂

Alors oui, le concept est identique à d’autres déjà vus dans d’autres histoires de l’auteure, mais elle parvient à le déformer suffisamment pour donner la sensation de l’inédit et à maintenir le lecteur en haleine jusqu’à la fin.

J’ai deviné qui était coupable assez rapidement, à cause d’un tic narratif d’Agatha Christie, mais pas le pourquoi ni le comment. Si je n’avais pas déjà lu une bonne partie de ses livres, sans doute serais-je passée à côté. La résolution de l’enquête n’est pas prévisible pour autant et j’ai pris plaisir à suivre les démarches et les manigances d’Hercule Poirot.

Un bon opus, à lire plutôt avant de trop connaître l’oeuvre d’Agatha Christie pour garder le maximum de suspense.

Si vous avez lu ce livre, aviez-vous deviné? 😉

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CIEL tome 4: L’Automne du Renouveau

CIEL tome 4: L’Automne du Renouveau. De Johan Héliot. Editions Gulfstream. 243 pages. (2016)

Billet garanti sans spoiler!

Pour en savoir plus sur la série: L’Hiver des Machines, Le Printemps de l’Espoir, L’Eté de la Révolte.

Suite aux évènements des précédents tomes, nous retrouvons la famille Keller et leurs acolytes pour la « bataille finale »: la résistance parviendra-t-elle à vaincre Big Bug? Nos héros parviendront-ils à se retrouver malgré les évènements? Vont-ils seulement y survivre?

Avec ce 4e épisode, Johan Héliot nous entraîne dans la dernière ligne droite avant la conclusion. L’enjeu est de taille: il s’agit de découvrir si l’Humanité l’emportera sur les Machines ou si les Machines l’emporteront sur l’Humanité. Avec en parallèle un questionnement qui court en filigrane depuis le 1er tome: l’Humanité mérite-t-elle de survivre si sa survie occasionne la destruction de la Terre? A travers cette histoire destinée à la jeunesse, l’auteur propose une réflexion très intéressante sur notre dépendance envers la technologie et notre irresponsabilité face au désastre écologique qui nous guette. C’est d’ailleurs le gros point fort de cette série.

L’intrigue de CIEL tient la route et s’appuie sur les faiblesses et les forces du genre humain pour décrire des personnages ordinaires qui vont se forger un destin hors du commun. Quête initiatique tout autant que dystopie au message écologique, la série distille des éléments suffisamment haletants pour garder l’attention du lecteur jusqu’à la fin. Cependant elle pâtit de son découpage en 4 tomes. Le choix de raconter l’histoire par saisons est pertinente, mais les tomes 2 et 3 donnent l’impression de beaucoup de remplissage. Si le tome 1 est parfaitement maîtrisé, les 2 suivants semblent un peu trop légers dans leur contenu.

Le tome 4 quant à lui semble aller beaucoup trop vite, au point même qu’une scène qui m’aurait semblé capitale n’est pas racontée, mais seulement mentionnée à la fin. D’autre part, la noirceur qui parcourt l’ensemble de la série n’est pas totalement assumée: bien que les personnages ne sortent pas indemnes de cette année cauchemardesque, la conclusion tient un peu trop du happy end pour me satisfaire réellement, d’autant que ce dernier opus, plutôt bref, manquait un peu de développement.

Pour finir, la plume est très agréable, c’est fluide et ça se lit très facilement. L’auteur ne prend pas pour autant son lecteur pour un idiot et propose un vrai contenu, il ne sombre pas dans la romance niaise. Malgré tout, il y a quand même des facilités et si le tome 4 est pratiquement exempt de longueurs, ce n’est pas le cas des tomes précédents.

Une série dystopique qui propose des éléments suffisamment originaux pour attirer le lecteur, mais qui reste un peu frustrante pour un public adulte, donc.

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Les Fragments perdus

Fragments Perdus - Brice Milan

Les Fragments perdus. De Brice Milan. Disponible sur Wattpad. (2016)

Résumé de l’auteur: L’armée de Morgaste assiège la capitale des Terres d’Eschizath au cœur de l’hiver. Face à cet adversaire implacable, les membres du conseil des Trente décident de dépêcher trois messagers chargés de quérir des renforts auprès du royaume mitoyen des Hisles. Mais le prince noir, en quête de mystérieux fragments, lance à leur trousse ses troupes de Maraudeurs impitoyables. L’inexpérimenté Alceste, la belle et farouche Oriana et le fidèle garde de l’Ordre, Horst, vont devoir franchir le lac Gelé, traverser la forêt d’Eslhongir et gravir les monts Dunhevar. En chemin, ils s’allieront à Ulva, la Meneuse de loups…

C’est l’auteur qui m’a envoyé son texte pour en faire une « lecture commentée », c’est-à-dire que je donnais mon avis au fil de mon avancée en pointant ce qui me plaisait ou ce qui me chagrinait, que ce soit sur le fond ou sur la forme. Expérience très enrichissante avec un auteur ouvert à la discussion et passionné par l’écriture. Merci Brice pour cette lecture et ces débats, c’était très intéressant et très stimulant 🙂

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Nous suivons donc ici un petit groupe de personnages confrontés à la guerre, à la magie et à de nombreuses péripéties tout au long de leur voyage. Leurs pérégrinations tiennent à la fois de l’aventure et de la quête initiatique et vont les emmener là où, physiquement mais aussi psychologiquement, ils n’auraient sans doute jamais pensé aller. Ils vont être confrontés à la vindicte de Morgaste et ses sbires autant qu’à la violence du monde qui les entoure et les épreuves ne vont pas manquer sur la route pavée de rebondissements qu’ils vont suivre.

Car les rebondissements ne manquent pas dans cette histoire, l’auteur sort de son chapeau une multitude d’évènements, de personnages et de mésaventures qui vont nous tenir en haleine jusqu’à la fin. Certains de ces twists m’ont moins plu que d’autres, mais même si quelques détails m’ont chagrinée (j’ai eu un peu de mal par exemple avec certains comportements des femmes de l’histoire), on n’a pas le temps de s’ennuyer.

Les gros points forts de ce récit sont la richesse du monde où il se déroule, la cruauté de l’auteur envers ses personnages (on ne va pas se mentir, les personnages qui s’en prennent plein la tronche sont plus intéressants que ceux qui ont une vie pépère ^^) et une plume très agréable. On est très facilement immergés dans le récit et il se passe toujours un tas de choses, la plupart du temps inattendues, ce qui est franchement appréciable dans une histoire du genre.

Il y a aussi quelques points négatifs, outre ce que je disais plus haut sur le traitement des femmes. Le rapport au temps ne m’a pas toujours semblé très clair et la foison de personnages fait que parfois je me suis un peu emmêlé les pinceaux dans qui était qui. J’aurais apprécié également que certains points soient davantage développés, notamment la description des lieux traversés par les protagonistes, d’autant que la plume de l’auteur n’est jamais si riche que lorsqu’il prend le temps de décrire l’environnement. Les récits de batailles sont très bons et auraient mérités d’être plus longs. Quelques facilités à noter, également (quoique les personnages ne seraient sans doute pas d’accord), mais dans l’ensemble ça se lit très bien et, si je n’ai pas adhéré à tout, j’ai passé un très bon moment avec Les Fragments perdus.

En bref, une lecture sympathique et un auteur prometteur. J’ai hâte de lire la suite 🙂

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Les Dents de la Nuit

Les Dents de la Nuit, petite anthologie vampirique - Sarah Cohen-Scali

Les Dents de la Nuit. Petite Anthologie « vampirique ». Présentée par Sarah Cohen-Scali. Editions Le Livre de Poche Jeunesse. 219 pages.

Résumé de l’éditeur: Dracula est peut-être le plus célèbre des vampires, il est loin d’être le premier, ou le dernier… De Théophile Gautier à Stephen King, en passant par Dumas, Bradbury et d’autres maîtres du genre, dix nouvelles pour découvrir toutes les facettes de cet être mythique. Romantique, sanguinaire ou tyrannique, le suceur de sang revêt des visages différents, mais toujours inquiétants. Préparez-vous à trembler…

Ce recueil propose 10 nouvelles ou extraits de nouvelles écrites par des auteurs classiques et d’autres plus contemporains sur le thème des vampires. Si la qualité est à peu près égale sur l’ensemble des nouvelles pour ce qui est des intrigues, c’est la plume qui fait la différence pour moi: un Maupassant, un Gauthier ou un Tolstoï se démarquent nettement d’un Gorman ou d’un King par exemple. La richesse du style des uns me semble plus correspondre à une ambiance vampirique que la modernité des autres. J’ai été plus sensible aux textes un peu gothiques.

Si je devais élire la nouvelle la plus originale, je choisirais celle de Ray Bradbury; mais celle que j’ai préféré est celle de Tolstoï, parce que je trouve que c’est la plus proche du mythe original et que c’est ce que je recherchais avec ce livre.

Quelques points m’ont chagrinée dans ce recueil, l’essentiel étant que l’anthologiste a choisi de présenter des extraits de certaines nouvelles qui étaient trop longues à son goût au lieu de l’intégralité du texte. Sarah Cohen-Scali précise que c’est pour ne pas décourager les jeunes lecteurs qui sont la cible du recueil. Je trouve l’argument facile. Un lecteur adolescent qui va s’intéresser au sujet ne va pas se décourager parce qu’un texte a plus de pages. Et pourquoi ne pas choisir d’autres nouvelles plus courtes, si on pense que c’est un problème? Surtout que, pour avoir lu la version intégrale de la Morte amoureuse, je me rends compte que la version proposée ici est moins bonne; j’imagine que c’est le cas aussi des autres histoires tronquées et je trouve ça frustrant.

D’autre part, j’aurais apprécié que chaque nouvelle soit présentée et remise dans son contexte séparément et pas seulement brièvement dans la préface.

Pour finir, une des nouvelles n’est pas une histoire de vampires, mais de fantômes. Je me suis demandé ce qu’elle faisait là.

A noter pour les plus sensibles que les histoires proposées ici ne font pas peur 😉 Mais j’ai fortement apprécié que les histoires proposées soient de « vraies » histoires de vampires monstrueux et pas des niaiseries avec vampires pour midinettes.

Dans l’ensemble, une lecture sympathique, mais qui aurait mérité une édition plus complète. L’occasion malgré tout de (re)découvrir certains auteurs qu’on n’imaginait pas forcément se pencher sur ce thème.

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