Les Attracteurs de Rose Street

Les Attracteurs de Rose Street. De Lucius Shepard. Editions Le Bélial’, collection Une heure lumière. 129 pages. 2011.

Résumé de l’éditeur: Londres, fin du XIXe siècle. Une métropole enfumée, étouffant sous le smog et les remugles de l’industrialisation en pleine explosion… Samuel Prothero est aliéniste. L’un des meilleurs de sa profession. Membre du sélect Club des Inventeurs, jeune homme respecté, son avenir est tout tracé dans cette société victorienne corsetée. Jusqu’à ce que Jeffrey Richmond, inventeur de génie mais personnage sulfureux, sollicite son expertise sur le plus étrange des cas. Troublante mission, en vérité, pour laquelle le jeune Prothero devra se résoudre à embrasser tout entier l’autre côté du miroir, les bas-fonds de la ville-monde impériale et ceux, bien plus effrayants encore, de l’âme humaine…

Je vous mets le résumé de l’éditeur plutôt que d’en rédiger un moi-même, parce que c’est ce résumé qui m’a donné envie de lire ce livre 🙂

Et quelle bonne lecture!

On se retrouve en plein dans une époque victorienne très coincée qui connaît des bouleversements technologiques et scientifiques, aux côtés d’un jeune homme encore peu expérimenté qui va être confronté à la fois à des travers très humains et à des esprits aussi attirants qu’effrayants.

ça fonctionne d’autant mieux que le récit est très court et que tout va très vite. Pour autant, l’auteur réussit à nous donner de nombreux détails qui permettent de s’immerger complètement dans l’intrigue. La description des esprits et les rencontres entre eux et les vivants tiennent en haleine jusqu’à la fin. Quant à la résolution de certaines des énigmes proposées, elles conduisent notre aliéniste à se pencher sur les noirceurs de l’âme humaine et sur les apparences.

Une excellente lecture, avec une vibe un peu steampunk, qui m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page. Je recommande vivement si vous aimez les histoires de fantômes ou ce genre d’ambiance.

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Les Tambours du Dieu Noir

Les Tambours du Dieu Noir. De P. Djéli Clark. Editions L’Atalante, collection La Dentelle du Cygne. 137 pages. 2018.

Ce livre très court contient en fait deux nouvelles: celle qui donne son titre à l’ensemble et une nouvelle qui fait office de premier tome de la série du Ministère égyptien de l’alchimie, des enchantements et des entités surnaturelles.

Les Tambours du Dieu Noir se déroule à La Nouvelle-Orléans à la fin du 19e siècle, sur fond de Guerre de Sécession. Nous y rencontrons La Vrille, une jeune pickpocket qui rêve de partir à bord d’un dirigeable avec l’équipage pirate du Détrousseur de Minuit.

Nous sommes dans une uchronie steampunk avec une grosse incursion dans le fantastique et la mythologie/le folklore africain-e (pardon, « afrikain-e » ^^). Le mélange magie-technologie fonctionne très bien, ce qui est déjà un gros point positif, mais ajoutez à cela beaucoup d’action, du mystère et des personnages principaux féminins qui n’ont pas besoin des hommes pour vivre leurs aventures et vous comprendrez pourquoi j’ai énormément aimé ma lecture. C’est un peu court pour que j’emploie le mot « adoré », j’aurais voulu en avoir plus, mais je reconnais que l’histoire est parfaite telle qu’elle est et n’avait pas réellement besoin d’être davantage développée.

La conclusion est complète, mais la nouvelle se termine sur une fin ouverte. J’ignore s’il y a une suite, mais si c’est le cas, je la lirai avec plaisir.

L’étrange Affaire du Djinn du Caire nous projette en Egypte en 1912. Fatma el-Sha’arawi, agente du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles, est chargée d’enquêter sur la mort suspecte d’un djinn.

Là encore, nous sommes dans un mélange très réussi d’uchronie, de fantastique et de steampunk, cette fois basée sur la mythologie moyen-orientale. Et là encore c’est palpitant!

On est plongée dans un univers très original, il y a un tas d’idées super intéressantes et beaucoup d’action. Ici encore, on peut mettre au crédit de l’auteur un personnage féminin fort et indépendant. On n’oublie pas de souligner les réticences de la société dans laquelle elle vit face à son comportement libre et moderne. J’ai trouvé la relation qu’elle noue avec son équipier pour l’occasion intéressante et bien vue. Quant à la fin choisie par l’auteur, elle conclut en beauté une intrigue palpitante de bout en bout.

La série compte déjà deux autres tomes que j’ai très hâte de découvrir.

Deux excellentes lectures, j’ai dévoré ce livre et je vous le recommande absolument si vous appréciez le genre.

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Tag – Automne Livresque !

J’ai trouvé ce tag sur le blog Maven litterae ICI et les réponses de Steven m’ont donné envie de le faire aussi 🙂

Pour en savoir plus sur les livres présentés, clic-clic sur les couvertures 😉 C’est parti!

Au coin de la cheminée – ton livre doudou

Je ne sais pas si on peut parler de livres doudous, mais quand j’ai un petit coup au moral ou besoin de réconfort, je ressors des titres d’Austen ou de Pratchett, ou un tome de La Ballade de Pern d’Ann MacCaffrey:

 

Les feuilles d’automne – une couverture dans les tons de l’automne

Ce livre est sous-titré Quatre Saisons et un Elément, je trouve qu’il se prête autant à l’automne que la couverture 🙂

Une boisson chaude et un plaid – une lecture qui fait du bien

Ici j’aurais cité un livre-doudou, mais j’ai déjà répondu à cette question plus haut, donc je vais partir plutôt avec des romans feel good ou juste bienveillants:

 

Une promenade en forêt – un livre beau et ou qui t’a changé les idées

J’aurais pu citer tous les tomes de cette série ou tous les livres de cette autrice, mais celui-ci est le meilleur que j’aie lu à ce jour et, non seulement il est magnifique, mais il m’a en plus tellement changé les idées que j’ai dévoré les 300 dernières pages d’une traite sans m’en rendre compte ^^

Halloween arrive – un livre que tu as attendu

Je ne suis pas vraiment les sorties, donc je n’attends pas tellement de livres, si ce n’est (mais j’attends encore, comme des millions de lecteurs) le tome 6 du Trône de Fer. Néanmoins je suis toujours impatiente de lire le tome suivant du Château des Etoiles, mais comme je sais qu’il y a un an d’attente entre les tomes, j’arrive à modérer mon impatience ^^

La nuit arrive plus tôt – un livre effrayant

Je ne suis pas effrayée facilement (je trouve la réalité bien plus flippante que la fiction, hélas), mais je suppose que je pourrais caser ces titres dans cette catégorie:

Mais honnêtement, j’ai été plus tendue en lisant certains passages de Jane Eyre qu’avec ces romans destinés à faire peur ^^ Après si on veut un livre qui m’a vraiment fait flipper, il faut remonter à très longtemps, quand j’étais encore jeune et impressionnable et que Graham Masterton m’avait fait dormir avec une serviette sur tous les miroirs pendant plusieurs jours 😆

Une fournée de biscuits à la cannelle – un livre qui te réchauffe le cœur

Ce thème rejoint ceux des livres-doudous et des feel good, du coup je suis un peu à court d’idées :scratch:

L’automne revient tous les ans – un livre que tu aimerais relire

Dans l’absolu, tous les livres de ma bibliothèque que j’ai gardés pourraient figurer ici, mais je ne peux évidemment pas tout vous montrer ici 😆 Parce que je n’ai jamais pris le temps de lire le tome 2 et que j’aimerais quand même bien finir cette duologie, il « faudrait » que je relise ce tome 1:

J’espère lire les deux tomes pendant l’hiver, de mémoire le premier s’y prête bien.

C’était la dernière question, j’espère que ce tag vous a plu et que je vous ai donné envie de lire certains de ces livres 🙂 Si vous l’avez déjà fait ou comptez le faire, votre avis m’intéresse, vous savez quoi faire dans les commentaires 😉

Et vous, vous le faites, ce tag? 😉

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Ils ne me laisseront pas un souvenir impérissable #27

Myron Bolitar tome 11: Sans Défense. De Harlan Coben. Editions Belfond, collection Noir. 394 pages. 2016.

Dix ans après la disparition de deux petits garçons, Win reçoit un tuyau: l’un d’eux aurait été vu à Londres dans un quartier mal famé. Aussitôt, Win fait appel à son ami Myron Bolitar pour l’aider à remonter la piste.

J’avais déjà lu deux ou trois tomes de cette série il y a longtemps, mais j’avoue que je ne gardais quasi aucun souvenir du contexte, si ce n’est que le héros était à la fois agent sportif et détective privé. Beaucoup de références sont faites à ce qui s’est produit dans le passé de Myron et Win, à leur relation et à leurs compétences, mais sans que ça soit réellement explicité. S’agissant d’un tome 11, j’étais complètement paumée quand ces références était faites, l’auteur estimant visiblement que ses lecteur-ice-s savent de quoi il est question et n’ont pas besoin de rappels plus précis. Donc si vous n’avez jamais lu de tomes de cette série, ça peut être un frein à la compréhension de certains éléments.

Malgré ce point négatif, je me suis accrochée (je n’allais pas acheter les dix tomes précédents pour lire un livre trouvé en boîte à livres) et je dois dire que cette lecture a été assez prenante sur le moment. Même si beaucoup d’aspects de l’intrigue semblaient peu crédibles, je l’ai dévoré en un après-midi, c’était vraiment un page-turner.

Ceci dit, j’avais deviné pas mal de choses avant d’arriver à la fin et en refermant le roman je me suis rendu compte qu’il ne m’en resterait pas grand chose. Après quelques jours, ça s’est confirmé et, alors que j’écris ce billet près de deux mois après ma lecture, j’avais carrément oublié l’existence de ce livre.

Finalement, on est dans le thriller bourré d’action et de twists peu crédibles, à la façon d’un film pop-corn qu’on apprécie sur le moment, mais qu’on oublie très vite. Du coup, pour moi c’est une lecture dispensable, même si je l’ai dévorée, à moins d’être fan de la série.

***

Horace. De Pierre Corneille. Editions Le livre de poche. 192 pages. 1640.

Horace et Curiace sont non seulement de grands amis, mais également des beaux-frères très unis: Horace est marié à Sabine, la soeur de Curiace, tandis que Curiace va épouser Camille, la soeur d’Horace. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, si Horace, romain, et Curiace, albain, n’étaient pas obligés de se battre à cause de la rivalité de leurs villes respectives, dont aucune ne veut céder la préséance à l’autre.

Le résumé de l’éditeur met l’accent sur l’amitié virile et la glorification des héros qui seraient les thèmes principaux de la pièce. ça me semble assez réducteur. Il est question aussi des rivalités imbéciles entre deux villes dont chacune veut être supérieure à l’autre, de masculinité guerrière s’opposant au bon sens féminin et, comme dans Le Cid, d’honneur mal placé.

En tant que lectrice contemporaine, il est difficile pour moi de considérer comme bonne une pièce glorifiant des valeurs que je considère comme ineptes. Les conclusions que tirent les personnages d’une guerre absurde et fratricide me semblent tordues par une logique sans doute ordinaire pour l’époque d’écriture, mais qu’on considèrerait aujourd’hui plutôt relever d’une virilité toxique. Sans vouloir paraître vulgaire, on a l’impression que dans cette histoire, les protagonistes masculins jouent à qui « a la plus grosse »… épée, dirons-nous, alors que les personnages féminins méritent la mort pour traîtrise lorsqu’elles tentent de s’opposer à une guerre qui tuera forcément soit leurs frères, soit leurs époux.

La pièce vaut cependant pour les rôles féminins, qui ont une belle profondeur, et pour la plume de Corneille, qui coule facilement bien qu’elle soit très soutenue.

Malgré tout, je ne garderai pas un grand souvenir de cette pièce: je n’ai pas été particulièrement marquée par les personnages et l’apologie guerrière m’a passablement énervée, en particulier dans le contexte actuel (mais ça, c’est ma faute, je n’aurais pas dû lire cette histoire maintenant).

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Les Travailleurs de la Mer. De Victor Hugo. Editions Hachette, collection Grandes oeuvres. 1866.

Gilliatt, un marginal traité en paria par ses concitoyens, aime Déruchette, la nièce d’un riche armateur. Lorsque celui-ci est ruiné par le naufrage de son bateau à vapeur, Gilliatt va tout faire pour aller récupérer la machine dans l’épave, dans l’espoir d’épouser Déruchette.

Ce résumé est celui de l’intrigue de fond du roman, mais il faut un très long moment avant d’entrer dans le vif du sujet, Victor Hugo prenant le temps de présenter l’île sur laquelle se déroule son histoire, les moeurs de ses habitants, les habitudes des marins et tout un tas de détails dont la grande majorité n’apportent absolument rien à l’histoire. Un défaut qui se retrouve visiblement dans la plupart de ses romans et qui personnellement m’agace profondément, les nombreuses digressions me semblant toujours assez indigestes.

Malgré tout, on finit par en venir au coeur de la bataille de Gilliatt contre les éléments, dans un long tête-à-tête entre notre protagoniste et la mer. L’auteur souligne la détermination et l’ingéniosité de son héros, qui est prêt à tout pour obtenir la main de Déruchette, promise par son oncle à quiconque lui ramènerait sa machine.

Outre le fait qu’on dispose de la vie d’une femme sans lui demander son avis, qui me dérange profondément, le roman m’a semblé beaucoup trop long par rapport à ce qu’il a à raconter. La faute aux nombreuses digressions dont je parlais plus haut. Si certaines d’entre elles sont intéressantes, notamment grâce aux sarcasmes de l’auteur envers l’ignorance crasse des îliens et les superstitions locales, la plupart ne font qu’alourdir un roman qui aurait pu être un minimum palpitant si on se concentrait davantage sur l’action. Car malgré tout, on ressent une certaine tension lorsque Hugo nous décrit les exploits de Gilliatt sur le bout de rocher où il est allé volontairement s’empêtrer.

En arrivant à une fin prévisible, tout ce que je me suis dit, c’est « tout ça pour ça? » et je me demande encore pourquoi ce roman est considéré comme si marquant, alors que je me suis profondément ennuyée pendant la plus grande partie de ma lecture. Après plusieurs tentatives pour lire Hugo, je crois que ce n’est tout bonnement pas un auteur fait pour moi, à cause de sa façon de développer ses idées. ça reste un auteur classique à découvrir, mais je ne pense pas me plonger plus avant dans sa bibliographie à l’avenir.

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Le Visiteur inattendu

Le Visiteur inattendu. Adaptation de Charles Osborne d’après la pièce de théâtre d’Agatha Christie (1958). Editions du Masque. 280 pages. 1999.

Michael Starkwedde, victime d’une panne de voiture par une nuit d’intempéries, cherche du secours dans le manoir le plus proche. Là, il découvre Laura Warwick, un revolver à la main, et le mari de celle-ci gisant mort dans son fauteuil.

On est dans une histoire classique d’Agatha Christie: un huis-clos, un meurtre, une brochette de suspects, un mystère à la Cluedo à résoudre. L’histoire en elle-même ne sort pas du lot par rapport aux autres romans de l’autrice, mais ça fonctionne toujours, même si cette fois j’avais deviné qui était coupable (ce qui ne m’arrive pas très souvent ^^).

Le fait que le roman soit adapté d’une pièce n’est pas flagrant, même si on constate un découpage en fonction des lieux où se situent les différentes conversations et il y a peu de mouvement, mais les intrigues de Christie sont rarement bourrées d’action, donc il y a finalement assez peu de différences avec le reste de son oeuvre.

Pas forcément dans le haut du panier: outre que le mystère m’a semblé assez simple à résoudre, je ne suis pas fan des romances-éclairs que l’autrice insère dans certains de ses livres. Mais j’étais ravie de retrouver Agatha Christie, surtout que je croyais avoir déjà tout lu de sa production, même si ici c’est un autre auteur qui adapte la pièce 🙂

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Des BD en pagaille #77

Dead Company tome 1. De Tonogai Yoshiki. Editions Ki-oon, collection Seinen. 176 pages. 2019.

Rescapé d’un horrible massacre orchestré par un psychopathe portant un masque de lapin, Ryosuke trouve un emploi à la Dead Company, qui embauche des personnes ayant survécu à des évènements traumatisants, dans le but de rendre plus réels les jeux vidéo qu’elle produit.

Du même auteur, j’avais lu Secret, un thriller psychologique que j’avais trouvé très prenant et très efficace. Ici on est également dans le thriller, mais on est surtout dans l’horrifique particulièrement gore. Je pensais savoir à quoi m’attendre d’après ce que j’en avais entendu, mais je n’étais pas préparée à autant de sang et de mutilations. Donc soyez prévenu-e-s que ce n’est vraiment pas pour les âmes sensibles. Les scènes sanglantes sont complètement explicites et n’épargneront pas votre sensibilité.

Pour tout dire, j’hésite à lire les autres tomes, car si l’intrigue est très prenante et les thèmes abordés très intéressants, c’est quand extrêmement dérangeant et glauque. Si vous avez lu la série en entier, dites-moi si vous pensez que ça vaut la peine que je poursuive ma lecture ou si c’est encore plus traumatisant dans la suite 😉

Le dessin est typique du genre et est dans la même veine que celui de Secret. Le trait est agréable, les visages et leurs expressions sont travaillés, il y a une variété de décors et de détails qui rendent l’ensemble crédible.

Une lecture intéressante, mais franchement impossible à trouver plaisante vu sa violence et les quantités de sang qui sont sont versées. Je recommande si vous êtes fan du genre, ça fonctionne très bien.

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Saison de Sang. Scénario de Simon Spurrier. Dessin et couleurs de Matias Bergara. Editions Dupuis. 192 pages. 2022.

Résumé de l’éditeur: Une petite fille s’avance. Elle ne sait rien de plus. Elle DOIT avancer – toujours en ligne droite – à travers un monde dangereux, superbe, fantastique. Si elle tente de s’arrêter, ou de faire demi-tour, ou de changer de direction, l’air autour d’elle prend vie et s’anime d’ombres furieuses qui la poussent à reprendre son chemin. Elle est terrifiée mais elle avance vers un destin aussi extraordinaire qu’inattendu… Son seul compagnon – son gardien – est un immense guerrier en armure, capable d’écraser toutes les bêtes et tous les mécréants qui se mettent en travers de leur route. Leur périple dure une année. Les obstacles sont de moins en moins simples à franchir… Ils deviennent plus sournois. Elles croisent des colonies… des villes. Les gens semblent déterminés à les séparer, à se servir d’elles de manière que ni l’une ni l’autre ne comprennent…

J’ai lu cette BD grâce à NetGalley et aux éditions Dupuis, merci pour cette lecture 🙂

La grande originalité de cette BD, c’est qu’elle est sans paroles. Les quelques bulles, très rares, qui permettent aux personnages de s’exprimer, sont écrites en runes et donc sont incompréhensibles. Bien que personne ne parle, on comprend sans problème ce qui se passe malgré tout, un joli exploit de la part du dessinateur.

Les défauts de cette qualité sont que d’une part je ne me suis pas tellement attachée aux personnages; d’autre part, j’ai trouvé que la fin était très prévisible: si on ne s’exprime que par l’image, il faut être assez explicite et donc il est compliqué de cacher efficacement vers quoi on se dirige. Que la fin soit prévisible n’est pas réellement un problème du fait que ça n’empêche pas d’apprécier les dessins, mais il est plus dommage qu’elle manque d’originalité. Quand j’ai compris où on allait, j’ai été assez déçue, j’ai trouvé que ça manquait d’enjeux et que c’était finalement assez simpliste. Il faudra que je me contente du fait que le chemin parcouru est plus important que la destination.

Le gros point fort de cette BD réside dans ses magnifiques dessins. Il y a énormément de détails, que ce soit dans les traits des personnages, leurs costumes ou leurs expressions, dans les paysages et les représentations de la nature, dans le robot et ses capacités techniques. Beaucoup de planches en pleine page nous donnent une vue d’ensemble de l’univers qu’on traverse. La lecture en numérique ne leur rend pas justice et je vous conseille de lire plutôt une version papier.

En bref, une lecture que j’ai apprécié davantage pour son esthétique et pour l’originalité de sa narration sans texte que pour son intrigue, que j’ai trouvée assez convenue.

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Le Ciel pour Conquête. De Yudori. Editions Delcourt, collection Hors collection. 336 pages. 2022.

Résumé de l’éditeur: Deux jeunes femmes que tout oppose partent ensemble à l’assaut des cieux. Premier roman graphique bouleversant de la coréenne Yudori.

Amélie est une jeune catholique mariée à Hans, marchand de la bonne société hollandaise de ce milieu de seizième siècle. Une vie d’humilité qui ne sied guère à son caractère rebelle et fantasque, et qui bascule quand Hans rapporte une jeune esclave venue des pays lointain. Lentement, les deux femmes vont nouer une relation fusionnelle qui va toutes les deux les libérer…

J’ai lu ce roman graphique grâce à NetGalley et aux éditions Delcourt, merci pour cette lecture 🙂

Le résumé induit un peu en erreur sur le contenu, je n’ai pas trouvé la relation « fusionnelle » et il faut d’ailleurs assez longtemps avant qu’une quelconque relation entre les deux protagonistes se noue…

Pour moi, tout l’intérêt de l’histoire a résidé plutôt dans le contexte de la Hollande du 16e siècle et de la conquête du ciel, même si ce dernier aspect, essentiel pourtant à l’intrigue, se fait paradoxalement assez discret. Et bien sûr, le côté féministe de l’intrigue est un point non négligeable: on parle avant tout de la vie de ces deux femmes que tout oppose, de leur origine à leur statut social, et de la façon dont un homme, Hans, le mari de l’une d’elle et le maître de l’autre, dans une société profondément patriarcale, dirige leur vie sans se préoccuper de leurs aspirations.

Le dessin quant à lui est très agréable. Il y a beaucoup de travail sur les visages et leurs expressions, les personnages parviennent à faire passer beaucoup d’émotions grâce aux postures également. Les décors, qu’ils soient naturels ou urbains, sont variés et détaillés.

J’ai malgré tout deux points négatifs à souligner. Le premier est que le propos m’a semblé parfois assez confus, je n’étais pas bien sûre de ce qu’on était en train de me raconter. Le second est que le récit contient des scènes de sexe et de nudité très explicites qui étaient selon moi inutiles et qui limitent la lecture à un public adulte, ce qui est très dommage vu les thèmes abordés.

Une lecture un peu en demi-teinte, que je retiendrais surtout pour ses dessins, qui valaient vraiment la peine d’être découverts.

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La Fin des Dieux

La Fin des Dieux. D’Antonia Susan Byatt. Editions Flammarion. 208 pages. 2011.

Angleterre, Seconde Guerre mondiale. Alors qu’elle est évacuée à la campagne, une fillette découvre la mythologie nordique.

Le résumé est très bref, le livre étant très court et l’intrigue encore plus limitée. Je pensais qu’on découvrirait la vie de la fillette pendant la guerre, mais en fait cet aspect ne tient qu’en quelques lignes. L’enfant n’a même pas de nom.

L’essentiel du livre se compose des mythes nordiques, de la naissance des dieux à leur fin. De temps en temps, une comparaison est faite avec la religion chrétienne ou des références sont faites à la nature environnante. Ici et là, une ou deux phrases font allusion à la guerre et à l’absence du père, qui est mise en parallèle, là aussi très brièvement, à l’épanouissement de la mère, devenue institutrice en l’absence des hommes.

Les mythes nordiques sont racontés de façon claire, avec certains détails que personnellement je ne connaissais pas, même si j’ai déjà un peu lu sur le sujet. La façon dont l’autrice écrit l’histoire des dieux est prenante, on a envie de savoir comment les choses vont tourner et si on va apprendre quelque chose de nouveau. La mise en parallèle avec les mythes chrétiens est pertinente et remet certains aspects en perspective. Malheureusement cet aspect reste assez succinct.

De la même autrice, j’avais lu il y a longtemps Possession, dont je garde un très bon souvenir, en particulier pour son ambiance et son contexte. La Fin des Dieux est moins original ou mémorable pour moi, mais ç’a été malgré tout un agréable moment de lecture. Je recommande si vous vous intéressez à la mythologie nordique.

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A lire sur la mythologie nordique:

Si vous avez des titres sur le sujet à me suggérer, ça m’intéresse, vous savez quoi faire dans les commentaires 😉

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Carnets d’Enquête d’un beau Gosse nécromant

Carnets d’Enquête d’un beau Gosse nécromant. De Jung Jaehan. Editions Matin calme. 326 pages. 2018.

Nam Hanjun, faux chamane et vrai escroc, est à la tête d’un lucratif business de divination. Avec l’aide de sa jeune soeur hackeuse de haut niveau Hyejun et de son associé-enquêteur-gros bras Sucheol, il va se retrouver pris dans une histoire de meurtre sur laquelle enquête Ye Eun, inspectrice championne d’arts martiaux qui brille autant pour ses talents d’acrobate que pour sa détermination.

Ce roman a d’abord été publié sur internet avant d’être édité. C’est peut-être ce qui explique sa longue mise en place et son style original.

L’autrice prend son temps pour nous présenter tous les protagonistes et leurs personnalités hautes en couleurs, en changeant de narrateur à l’occasion et en s’adressant régulièrement aux lecteur-ice-s. En général, ce n’est pas forcément un style auquel j’accroche, mais ici ça a parfaitement bien fonctionné. Il faut dire que Hanjun a une forte personnalité et que la façon dont il aborde les choses est souvent hilarante.

Ce qui m’amène au premier gros point positif: l’humour. On est plutôt dans le gros nawak bien barré, même si l’intrigue policière est assez glauque et peu ragoutante. Le contraste entre ces deux aspects fonctionne bien, même si l’intrigue a parfois un côté un peu brouillon qui peut déstabiliser, surtout au début. Je mets ça sur le compte de Hanjun, qui est un narrateur assez particulier, c’est le moins qu’on puisse dire.

Il s’agit d’un roman coréen, ce qui peut faire hésiter un lectorat peu habitué au contexte, mais rassurez-vous, il y a des notes de bas de pages, toutes utiles et pertinentes, qui permettent de comprendre les points qui pourraient poser problème. D’autre part, l’autrice dénonce certains travers de la société coréenne sous couvert de fiction, ce qui est toujours bon à prendre.

L’enquête, si elle est assez longue à démarrer, devient ensuite rapidement palpitante. Il y a beaucoup d’action, c’est très immersif et visuel. La façon dont c’est raconté rappelle une série télé, ce qui tombe très bien puisque le roman a été adapté en drama sous le titre Café Minamdang, avec Seo In Guk (vu notamment dans Shopping King Louis) et Oh Yeon Seo (que je connais pour son rôle dans A korean Odyssey) dans les rôles principaux. Un drama que je ne manquerai pas de visionner d’ici quelques temps, j’imagine que ça sera pour le moins divertissant ^^

Une excellente lecture, bien ficelée et très drôle, qui je l’espère aura une suite très bientôt 🙂

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L’Empreinte

L’Empreinte. D’Alex Marzano-Lesnevich. Editions 10/18, collection Littérature étrangère. 456 pages. 2017.

Alors qu’elle est étudiante, l’autrice, fermement opposée à la peine de mort, effectue un stage dans un cabinet d’avocats qui se spécialise dans ce genre d’affaires. Suite à cette expérience, elle abandonne ses études de droit pour se reconvertir dans l’écriture.

On est à la fois dans le témoignage (celui de l’autrice, victime de viols dans son enfance) et le true crime: au cours d’un stage étudiant, l’autrice a été confrontée à une affaire de peine de mort, le condamné étant un pédophile ayant assassiné un enfant de 6 ans.

Une lecture extrêmement intéressante, même si ce n’était pas complètement ce à quoi je m’attendais (je pensais qu’on allait se concentrer uniquement sur l’affaire), qui traite de sujets sensibles sans tabous, mais qui est aussi très lourde vu qu’on parle de crimes sur des enfants.

On s’attarde également un peu sur les dysfonctionnements des systèmes psychiatrique et judiciaire, mais aussi et surtout sur le silence coupable de la famille de l’autrice au sujet des sévices dont elle a été victime.

A ne pas lire si vous êtes déprimés ou que ce genre de sujets est trop difficile pour vous, c’est vraiment pesant.

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Théâtre et amours contrariées: Roméo et Juliette – Le Cid

Roméo et Juliette. De William Shakespeare. Editions Archipoche, collection La Bibliothèque des Classiques. 37 pages/1312. Entre 1591 et 1595.

Roméo et ses amis assistent par défi à un bal donné par leurs ennemis les Capulet. Roméo, coureur de jupons notoire, tombe fou amoureux de Juliette Capulet, qui lui rend son amour.

Je prends la peine de faire un résumé de la pièce, mais je pense que tout le monde connaît cette histoire, en général considérée comme une des plus belles histoires d’amour jamais racontée. Personnellement je n’aime pas cette pièce, je trouve l’intrigue d’une tristesse et les personnages d’une bêtise insupportables.

Je ne pense pas spoiler grand monde en rappelant que le couple meurt à la fin de la pièce? De suicide, sur des malentendus, alors qu’ils ont entre 13 et 16 ans (de mémoire). Autre époque, autres moeurs, me direz-vous. Bien sûr. Mais pourquoi cette pièce est-elle considérée comme romantique encore aujourd’hui? En quoi le suicide de deux adolescents est-il romantique?

Parlons aussi du fait que les deux protagonistes sont victimes d’un coup de foudre, évidemment instantané comme tous les coups de foudre, et ne se connaissent que depuis quelques jours lorsqu’ils décident de se marier, puis de mettre fin à leurs jours, alors que leurs proches s’entretuent autour d’eux, au nom d’une mésentente entre leurs familles dont personne ne sait réellement d’où elle vient.

Le gros point fort de la pièce est évidemment la plume de Shakespeare, qui propose ici de très belles tirades, dont la fameuse « de la rose ». L’auteur ne prône évidemment pas le suicide, il y a une morale à la fin qui souligne la stupidité des Capulet et des Montaigu. Malgré tout, on reste dans la tragédie jusqu’à la fin.

D’autres thèmes sont abordés dans la pièce, notamment le mariage des filles, forcé bien sûr, ici alors que Juliette n’a que 13 ans.

Autre temps, autres moeurs… Ouais. ce genre de drames n’existe plus nuuuulle part dans le monde, sûr. C’est probablement une raison de plus pour moi de trouver cette pièce si déprimante.

***

Le Cid. De Pierre Corneille. Editions Larousse, collection Classiques. 208 pages. 1637.

Rodrigue et Chimène, promis l’un à l’autre par leurs pères qui sont de grands amis, s’aiment. Mais les deux hommes se brouillent et le père de Rodrigue, qui est l’offensé, incite son fils à se battre en duel avec le père de Chimène, qui est tué. Chimène crie vengeance.

Voilà une pièce que j’avais lu pour les cours de français au collège et que je n’avais pas bien comprise à l’époque (quelle idée de faire lire ce genre de pièce à des ados de 13 ans…). Cette relecture m’a permis de constater encore une fois à quel point la masculinité est toxique dans ce type de littérature.

Les pères des protagonistes principaux sont deux vieux crétins: l’un fait tout un pataquès parce qu’il n’a pas été choisi par le roi pour un poste honorifique, l’autre incite son fils à tuer le premier. Quelle belle mentalité! Là aussi, autres temps, autres moeurs. A se demander comment l’Humanité a survécu jusqu’à nos jours!

Vous avez entendu parler de dilemme cornélien? C’est à cette pièce qu’on doit cette expression. Car le dilemme se pose pour les deux héros. Rodrigue aime Chimène et ne veut évidemment pas tuer son père, ce qui signerait la fin de leur relation, mais comment refuser lorsque l’honneur de son propre père et celui de toute sa famille repose sur la vengeance. Donc Rodrigue se lamente sans fin parce qu’il doit choisir entre perdre son honneur et perdre la femme qu’il aime. Bon. « Sans fin » est peut-être exagéré. Il chouine un peu, mais dans la société patriarcale toxique dans laquelle il vit, il n’a pas vraiment le choix.

Bien sûr, Chimène ne veut/peut pas épouser l’homme qui a tué son père, bien qu’elle l’aime toujours, et souhaite qu’il soit puni. Mais plus dans le genre « quelqu’un va-t-il trouver une pirouette pour que je puisse l’épouser sans me sentir coupable d’aimer le meurtrier de mon père? ». Parce que même si elle pleure son père, Chimène ne peut pas épouser Rodrigue avant tout pour des questions d’honneur: que penseraient les gens si elle devenait sa femme? Son devoir est donc de tout faire pour obtenir vengeance, alors même que son père est à l’origine de sa propre mort, étant celui qui, par son comportement injurieux à l’égard de celui qui est censé être son meilleur ami, a amené ce duel.

ça pourrait continuer comme ça sur des générations, avec une telle mentalité. Vous imaginez si on déclenchait une vendetta à mort contre les gens qui nous soufflent un job sous le nez? Quelle drôle de conception de l’honneur de tuer quelqu’un pour ce genre d’imbécilité et de considérer comme honorable de forcer son fils à tuer son futur beau-père. Quelque chose m’échappe, visiblement 😆

Malgré tout, la pièce est très agréable à lire grâce à la très belle plume de Corneille. Le style du 17e siècle pourrait n’être pas accessible pour un lectorat contemporain, mais j’ai trouvé que c’était très fluide. Les phrases s’enchaînent facilement et, si le niveau est évidemment très soutenu, on sent les tirades couler sans problème, avec beaucoup plus de naturel que chez certains autres auteurs de la même époque.

Une pièce marquante de l’époque, qui vaut la peine d’être lue.

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Deux lectures plutôt chouettes, même si les sujets choisis par les auteurs font douter de la sanité d’esprit des protagonistes et donc de celle de la société de leurs époques respectives…

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