La Concession du Téléphone

9782213603377-G

La Concession du Téléphone est un roman d’Andrea Camilleri composé uniquement de lettres et de dialogues.

Sicile, fin du 19e siècle. Filippo Genuardi écrit au préfet pour obtenir une « concession téléphonique », c’est-à-dire une ligne privée entre particuliers. Paranoïaque, son interlocuteur fait ouvrir une enquête sur ce personnage haut en couleur. S’ensuivent quiproquos et malentendus où viennent s’embrouiller une partie de l’administration sicilienne, les carabiniers du roi, la mafia locale, la famille, les voisins et les amis dudit Pippo.

Les chapitres sont composés en alternance de « Choses écrites » (des lettres, rapports, etc) et de « Choses dites » (des dialogues entre les différents personnages). Ce sont donc les personnages eux-mêmes qui nous racontent leur histoire, par bribes, avec leurs mots et leur vision des choses. Cette construction très originale a les défauts de ses qualités: ça rend le roman très vivant, c’est plein de verve et d’images très amusantes; d’un autre côté, c’est un peu fouillis. Parfois on n’est pas sûr de qui parle et, vu la quantité de personnages (dont certains ont des surnoms en plus de leurs noms, ou des fonctions suffisamment proches pour créer la confusion), on ne sait parfois plus très bien qui s’adresse à qui, d’autant que, si le nom du destinataire figure en haut des lettres, il faut pour certains attendre la fin de la missive ou regarder la signature d’abord pour savoir qui s’exprime.

L’histoire en elle-même s’étale sur un peu plus d’une année et, si l’obtention d’une concession téléphonique par Pippo reste en filigrane tout au long du livre, fait la chronique des complications administratives de l’époque, avec ses rapports et ses pots-de-vin, de la vie dans un petit village sicilien, des aventures rocambolesques de personnages hauts en couleur et des déboires de certains avec la mafia et/ou les Carabiniers du Roi et la police.

Dans l’ensemble, l’intrigue suit son cours bien qu’on ait parfois l’impression de perdre de vue le point de départ et que le point d’arrivée semble toujours inatteignable. On devine pas mal de choses au fil des lettres et des dialogues, y compris la raison pour laquelle Pippo tient à cette ligne téléphonique. Et, surtout, on rit beaucoup des mésaventures des uns et des autres, des absurdités de l’administration et du langage fleuri employé par les protagonistes. Quelques sujets plus sérieux sont abordés (anarchisme, progrès technologiques, etc), mais presque toujours sous l’angle humoristique, ce qui rend la lecture très plaisante.

Malgré tout, ce roman souffre de quelques longueurs: parfois on a l’impression de s’égarer dans des intrigues secondaires et de perdre de vue le pitch de départ. On se demande où cette histoire va finalement mener. Il faut dire que le prétexte de la concession téléphonique est quand même très futile et que les proportions prises par l’histoire, si elles peuvent paraître réalistes quand on a eu affaire à une administration, sont quand même ridicules. ça fait partie du charme de l’histoire, mais bon parfois j’ai trouvé le temps long et j’ai eu l’impression qu’il s’écoulait beaucoup plus de temps que ce n’était le cas en réalité.

J’ai bien apprécié ma lecture et en particulier le style très spirituel et très vivant de l’auteur, mais dans l’ensemble l’histoire m’a paru un peu vaine, dans le sens où les enjeux semblaient toujours un peu légers. Ce qui est contredit par la fin à la fois absurde et incontournable. Je suis bien incapable par contre de déterminer quel était en réalité le sujet du livre…

Un roman sympathique et amusant, dont la légèreté de façade cache des sujets plus sérieux, qui m’a permis de découvrir Andrea Camilleri et son style très plaisant. A lire par curiosité.

***

La Concession du Téléphone. De Andrea Camilleri. Editions Fayard.

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4 commentaires pour La Concession du Téléphone

  1. Madame_Love dit :

    Je vois que tu n’as pas eu le même engouement que moi^^
    Je suis bien d’accord pour dire que parfois on ne sait pas (ou on est pas sûr) de qui parle à qui.
    Après je trouve justement que l’histoire est légère avec les personnages qui en font tout le temps des tonnes ça rend la chose assez humoristique et rocambolesque.

    • ducotedechezcyan dit :

      J’ai bien aimé, mais ce n’est pas un livre qui va me marquer ou qui m’a vraiment transcendée. Enfin je suis très exigeante avec les romans épistolaires ^^
      Le côté humoristique et rocambolesque m’a plu, le reste m’a laissée assez indifférente, je dois le reconnaître. Mais je ne regrette pas ma lecture, c’était plutôt plaisant 🙂

  2. mamzette dit :

    Même quand tu parles de livres que je ne lirai sans doute pas (rapport au fait qu’une journée ne comporte que 24h) j’adore lire tes critiques. C’est normal docteur?

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