Une pièce de théâtre et un classique

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Au début du mois dernier, je vous disais que j’aimerais lire une pièce de théâtre et un classique en septembre. Ce n’était pas vraiment un défi que je me lançais, mais si ç’avait été le cas, je pourrais dire: défi réussi! 🙂

J’ai commencé par la pièce de théâtre et poursuivi ma découverte d’Eschyle avec Les Suppliantes, ici aux Editions Folio Classique.

Eschyle - Tragédies complètesCette pièce est la 1e et la seule parvenue jusqu’à nous d’une tétralogie, qui comprenait à l’origine 3 tragédies et une comédie formant un cycle complet. Le point de départ de l’histoire prend ses sources dans la légende de Io, mise enceinte par Zeus au nez et à la barbe de sa femme, Héra. Voyant celle-ci sur le point de découvrir sa maîtresse, le roi des dieux change Io en génisse. Après quelques péripéties que je vous épargnerai, Io finit par arriver en Egypte, où elle accouche d’un fils. Celui-ci sera le père de Danaos, roi de Lybie, lui-même géniteur de 50 filles (les mecs avaient la santé, à l’époque ^^) connues sous le nom de Danaïdes. Danaos et ses filles vont être chassés par les 50 fils du roi Aegyptos, qui comptent s’approprier le pouvoir en épousant de force les Danaïdes, leurs cousines.

La pièce commence alors que Danaos et ses filles, poursuivis par les prétendants de celles-ci, débarquent sur les rives grecques et sollicitent la protection de la ville d’Argos, dont leur ancêtre Io était originaire.

Sans les notes explicatives, le sens de cette tragédie me serait resté franchement obscur, même si j’avais quelques souvenirs de cette légende étudiée en cours (donc il y a trèèèès longtemps!), notamment à cause du châtiment réservé après leur mort aux Danaïdes, à savoir: remplir d’eau un tonneau percé (oui, les Grecs savaient y faire question châtiment ^^). Mais j’anticipe! Revenons-en à nos Suppliantes, dont le plus gros problème est qu’elles vivent à une époque et au milieu de peuples où les femmes n’avaient aucun droit, sauf celui de se taire, d’obéir et de rester chez elles à perpétuer la race, de préférence en produisant des fils qui, eux, auraient tous les droits.

Un des thèmes forts de cette pièce est donc de se pencher sur le cas de femmes qui refusent leur rôle au sein de la société. Les habitants d’Argos doivent décider s’ils doivent effectivement les protéger; le 2e thème abordé sera de faire la part des choses entre les droits « naturels » des hommes sur les femmes (représentés par les fils d’Aegyptos) et la légalité dont Zeus est garant et qui « oblige » Argos à protéger les Danaïdes, qui appartiennent techniquement à leur peuple. Le propos n’a donc rien à voir avec un quelconque droit moral des femmes à disposer d’elles-mêmes (et pourquoi pas le droit de vote, tant qu’on y est), mais uniquement à ne pas contrarier Zeus, des fois que l’envie lui prendrait de balancer un ou 2 éclairs sur Argos en représailles. Oui, les gens d’Argos sont très sympas, les mariages forcés, c’est normal chez eux, mais la loi est la loi, point barre. Protéger les Danaïdes, c’est pas que ça les botte, mais ils préfèrent faire la guerre si nécessaire aux Egyptiens plutôt que de risquer de se prendre la foudre sur le coin du nez.

La pièce se conclut alors que les prétendants, qui s’estiment dans leur bon droit, tentent d’emmener les Danaïdes de force et ont la surprise de constater que la bonne ville d’Argos ne compte pas les laisser faire. Les pièces suivantes devaient raconter la fin de l’histoire. Je vous la résume brièvement: après quelques péripéties guerrières, les Danaïdes finissent par accepter d’épouser leurs cousins, mais avec une idée derrière la tête. Le roi leur père se trouvant dépossédé de son royaume par ses gendres, a fait jurer à ses filles de tuer leurs maris pendant la nuit de noces. Ce pour quoi 49 d’entre elles n’avaient pas besoin d’être beaucoup poussées (et on les comprend un peu quand même) et qui les conduira au châtiment du tonneau dont je vous parlais plus haut. Il y a fort à parier que cet ensemble de pièces se terminait sur une jolie morale grâce à la 50e Danaïde qui, elle, rentrait dans le moule en acceptant le mariage et les enfants refusés par ses soeurs.

Une lecture finalement moins compliquée que ce à quoi je m’attendais, qui aborde des thèmes malheureusement encore d’actualité aujourd’hui pour certaines femmes. Et c’est ce qui, finalement, est le plus difficile à admettre.

***

Pour le classique, je me suis lancée dans une relecture. J’avais lu ce livre – et j’avais adoré! – à l’adolescence, après avoir vu – et adoré aussi – la version ciné réalisée par Dario Argento, avec Julian Sands et Asia Argento dans les rôles principaux. J’ai eu envie de voir si, en tant qu’adulte, cette histoire me plaisait toujours autant et j’ai ressorti mon exemplaire de Le Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux, ici aux éditions Le Livre de Poche.

Le FAntôme de l'Opéra - Gaston LerouxL’histoire débute alors que les 2 directeurs de l’opéra de Paris laissent place à leurs successeurs, qui ignorent tout du Fantôme qui hante les lieux. Celui-ci ne va pas tarder à se faire connaître d’eux pour prolonger l’arrangement qu’il avait avec les précédents dirigeants. A savoir, en résumé, lui payer une pension, lui réserver sa loge les soirs de représentation et quelques autres avantages. Faute de quoi, ça bardera pour tout le monde. Evidemment, les petits nouveaux croient à un canular, ne le prennent d’ailleurs pas bien du tout, commencent par renvoyer la concierge qui a la faveur du Fantôme et par louer la loge interdite. Aussitôt, leurs ennuis commencent. Il ne fait pas bon contrarier leur hôte, comme ils vont vite le découvrir.

En parallèle, nous suivons l’histoire de Christine Daaé, la jeune première que le Fantôme veut à tout prix mettre à la place de la cantatrice vedette et qui va surprendre tout le monde en démontrant un immense talent, talent qu’elle n’avait pas quelques semaines plus tôt. Il faut dire que c’est l’Ange de la Musique, aka le Fantôme de l’Opéra qu’elle prend réellement pour un ange descendu du Ciel (je ne vous cacherais pas que la Christine en question est d’une niaiserie assez incroyable ^^), qui lui donne des leçons et que c’est un grand professeur en plus de posséder une voix angélique.

Dernière pièce du puzzle qui se met en place: le vicomte de Raoul de Chagny, ami d’enfance de la jeune fille, tombe fou amoureux d’elle et commence à dépérir parce qu’il la croit liée à un mystérieux amant après avoir entendu le Fantôme discuter avec elle dans sa loge. Quand Christine lui explique que l’Ange de la Musique la fait travailler, il commence par penser qu’elle se fiche de lui, puis qu’elle « travaille du chapeau », ce qui ne l’empêche pas de verser des torrents de larmes de désespoir (oui, le vicomte est un peu plus malin que sa dulcinée, mais question niaiserie il se pose là aussi) et de l’accabler de crises de jalousie irrépressibles. En parallèle, le Fantôme commence à péter les plombs, à trucider quelques personnes de façon imaginative pour prouver qu’il ne plaisante pas et finit par déclarer sa flamme à Christine tout en sombrant dans la folie (enfin, encore plus qu’avant). Je ne vous raconterai pas comment les choses vont se dénouer, ni où elles vont nous mener (même si dès le départ le narrateur nous explique ce que le public en sait, on se doute que la réalité n’est pas si claire), je vous laisserai le découvrir par vous-même.

Parce que ce livre, je vous le conseille vraiment! L’histoire est originale, parfois un peu surréaliste au point de frôler le n’importe nawak assez régulièrement, mais on est dans le haut du panier question roman gothique du 19e siècle. Je ne vous cacherai pas qu’il y a quelques longueurs vers le milieu du livre, mais c’est remarquablement écrit et la lecture est très fluide: contrairement à celle de certains autres auteurs classiques, la plume de Gaston Leroux est belle sans être pompeuse ou lourde. C’est enlevé, plein de verve et bourré d’humour. On rit aux avanies de quelques personnages et aux facéties du Fantôme, même si celles-ci sont parfois sanglantes. Les codes du genre, habilement employés, amènent d’innombrables péripéties et des scènes qu’on voudrait voir mises en image tellement elles sont parlantes.

Le hic du roman, ce sont les 2 jeunes premiers, remarquables de niaiserie au point qu’ils en deviennent caricaturaux et qu’on se demande parfois si on n’est pas dans le registre de la parodie tellement il semble impossible d’être si naïf (dans certains passages, on est à la limite de la débilité mentale, et pas forcément du bon côté de la limite). Heureusement, l’auteur ne se focalise pas uniquement sur les 2 tourtereaux*, ce qui fait que le lecteur moderne ne se laisse pas décourager par le récit de leurs amours contrariées et larmoyantes. Comme l’indique le titre, c’est le Fantôme de l’Opéra le personnage central de l’histoire et, même si on le rencontre finalement assez peu au regard du nombre de pages, sa présence plane irrémédiablement sur l’ensemble du roman; le lecteur s’attend continuellement à le voir apparaître, lui ou les conséquences de ses actes, ce qui rend l’intrigue hyper addictive.

Si les classiques vous font peur, celui-ci pourrait bien vous réconcilier avec la littérature du 19e siècle en vous prouvant que les auteurs de cette époque ne sont pas tous barbants et incompréhensibles 🙂

***

J’espère que ce billet ne vous a pas semblé trop long (merci à ceux qui m’ont lue jusqu’au bout!) et que je vous ai donné envie d’en découvrir plus sur cette pièce et ce roman. Si ce genre de billet vous plaît, je pourrai vous en proposer d’autres du même genre à l’avenir, alors dites-moi ce que vous en pensez ou si vous avez des suggestions 😉

* et pas les tourteaux, comme je l’avais écrit au départ, ceci n’est pas une histoire aquatique ^^

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4 commentaires pour Une pièce de théâtre et un classique

  1. J’ai lu (il y a une éternité) Eschyle et je me souviens que j’avais aimé cette pièce même si ce n’est pas ma préférée (Les Perses est encore meilleure à mon avis). En revanche, je n’ai pas lu ce roman de Gaston Leroux et il a l’air intéressant ! Merci pour ce billet 🙂

    • ducotedechezcyan dit :

      J’avais eu un peu de mal avec Les Perses (il y a un billet dessus quelque part sur le blog si ça t’intéresse 😉 ), mais globalement je trouve le théâtre grec intéressant 🙂
      Si tu finis par lire Le Fantôme de l’Opéra, tu me diras si ça t’a plu 😉

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