Les Fragments perdus

Fragments Perdus - Brice Milan

Les Fragments perdus. De Brice Milan. Disponible sur Wattpad. (2016)

Résumé de l’auteur: L’armée de Morgaste assiège la capitale des Terres d’Eschizath au cœur de l’hiver. Face à cet adversaire implacable, les membres du conseil des Trente décident de dépêcher trois messagers chargés de quérir des renforts auprès du royaume mitoyen des Hisles. Mais le prince noir, en quête de mystérieux fragments, lance à leur trousse ses troupes de Maraudeurs impitoyables. L’inexpérimenté Alceste, la belle et farouche Oriana et le fidèle garde de l’Ordre, Horst, vont devoir franchir le lac Gelé, traverser la forêt d’Eslhongir et gravir les monts Dunhevar. En chemin, ils s’allieront à Ulva, la Meneuse de loups…

C’est l’auteur qui m’a envoyé son texte pour en faire une « lecture commentée », c’est-à-dire que je donnais mon avis au fil de mon avancée en pointant ce qui me plaisait ou ce qui me chagrinait, que ce soit sur le fond ou sur la forme. Expérience très enrichissante avec un auteur ouvert à la discussion et passionné par l’écriture. Merci Brice pour cette lecture et ces débats, c’était très intéressant et très stimulant 🙂

***

Nous suivons donc ici un petit groupe de personnages confrontés à la guerre, à la magie et à de nombreuses péripéties tout au long de leur voyage. Leurs pérégrinations tiennent à la fois de l’aventure et de la quête initiatique et vont les emmener là où, physiquement mais aussi psychologiquement, ils n’auraient sans doute jamais pensé aller. Ils vont être confrontés à la vindicte de Morgaste et ses sbires autant qu’à la violence du monde qui les entoure et les épreuves ne vont pas manquer sur la route pavée de rebondissements qu’ils vont suivre.

Car les rebondissements ne manquent pas dans cette histoire, l’auteur sort de son chapeau une multitude d’évènements, de personnages et de mésaventures qui vont nous tenir en haleine jusqu’à la fin. Certains de ces twists m’ont moins plu que d’autres, mais même si quelques détails m’ont chagrinée (j’ai eu un peu de mal par exemple avec certains comportements des femmes de l’histoire), on n’a pas le temps de s’ennuyer.

Les gros points forts de ce récit sont la richesse du monde où il se déroule, la cruauté de l’auteur envers ses personnages (on ne va pas se mentir, les personnages qui s’en prennent plein la tronche sont plus intéressants que ceux qui ont une vie pépère ^^) et une plume très agréable. On est très facilement immergés dans le récit et il se passe toujours un tas de choses, la plupart du temps inattendues, ce qui est franchement appréciable dans une histoire du genre.

Il y a aussi quelques points négatifs, outre ce que je disais plus haut sur le traitement des femmes. Le rapport au temps ne m’a pas toujours semblé très clair et la foison de personnages fait que parfois je me suis un peu emmêlé les pinceaux dans qui était qui. J’aurais apprécié également que certains points soient davantage développés, notamment la description des lieux traversés par les protagonistes, d’autant que la plume de l’auteur n’est jamais si riche que lorsqu’il prend le temps de décrire l’environnement. Les récits de batailles sont très bons et auraient mérités d’être plus longs. Quelques facilités à noter, également (quoique les personnages ne seraient sans doute pas d’accord), mais dans l’ensemble ça se lit très bien et, si je n’ai pas adhéré à tout, j’ai passé un très bon moment avec Les Fragments perdus.

En bref, une lecture sympathique et un auteur prometteur. J’ai hâte de lire la suite 🙂

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10 commentaires pour Les Fragments perdus

  1. Brice Milan dit :

    Merci pour cette chronique, Cyan. De mon côté aussi, j’ai vraiment apprécié notre collaboration. Tu es une lectrice intransigeante, mais toujours bienveillante. J’espère que tes impressions donneront à d’autres lecteurs l’envie de découvrir ce qui se cache derrière les fragments perdus.

    • ducotedechezcyan dit :

      De rien 😉
      N’oublie pas de me faire signe quand tu auras écrit la suite 🙂

      • Brice Milan dit :

        B’soir Cyan. J’ai déjà écrit une vingtaine de pages. Si tu es déjà en manque de mon univers littéraire, je peux te proposer de chroniquer « La Terre des Ombres », roman de fantasy un peu plus court que « Les Fragments Perdus ». Un extrait du premier chapitre pour éveiller ta curiosité:

        §.1 – ERINA

        La sœur d’Erik était inquiète. Les cénotes s’étaient tous emplis soudainement d’eau, gonflés semblables à des outres. Son frère, le monarque de la Terre des Hortes, ne pouvait ignorer ce funeste présage. Erina savait que les tempêtes approchaient. Elle les sentait vibrer dans son corps. Sa mère affirmait qu’elle possédait le don. Elle lui avait répété depuis sa plus tendre enfance que la graine allait éclore au lever du jour. Les femmes de la famille étaient particulièrement réceptives.
        Elle fixa l’horizon qu’embrasait le crépuscule. La longue flamme rougeâtre se reflétait dans ses yeux clairs. Elle ne put empêcher une larme de couler, alors qu’elle terminait de s’habiller devant l’imposant miroir de sa chambre. Elle se trouvait toujours trop grande pour son âge. Sa duègne lui répétait que ses jambes fuselées étaient un atout pour une future reine. Elle savait que son visage recelait les traits de sa mère : la douceur du menton, le front haut et les grands yeux en forme d’amande. Le bleu azur de ses yeux et ses lèvres purpurines contrastaient avec sa chevelure sombre. D’après sa gouvernante, elle avait hérité de la couleur de cheveux de son père. Erina n’était pas de son avis.
        Demain, on fêterait sa majorité, mais elle se considérait encore comme une enfant. Certes, elle avait remarqué que les hommes du château la regardaient différemment. Depuis quelque temps, ils se retournaient plus souvent sur son passage. Elle entendait aussi les chuchotements des dames plus âgées, lorsqu’elle traversait en courant le salon mondain. Malgré les festivités en préparation pour ses seize ans, elle ne parvenait pas à dissiper les sombres pensées qui la tourmentaient. Elle décida d’aller en parler à son frère, même s’il fallait le déranger pendant sa dernière audience.
        Les couloirs immenses du château étaient déserts. Les nombreux portraits de ses ancêtres qui ornaient les murs ne l’apaisaient pas. Tous représentaient de nobles personnages pleins d’assurance, l’air peu avenant. Erina était toujours en proie au doute, même si elle ne le montrait pas. Ses prémonitions, parfois, se réalisaient, mais elle ne savait jamais si elles étaient fondées. La plupart du temps, elle préférait ne pas les partager avec ses proches, sauf lorsqu’elles annonçaient d’heureux présages. Mais ses pressentiments récents, ses visions du royaume dévasté, ne pouvaient être tus. Son frère devait savoir, afin de préparer ses sujets au pire. Les dernières tempêtes décrites dans les livres anciens avaient dévasté le sud de la Terre des Hortes.
        Cette région jadis réputée pour ses vergers préservait depuis un fragile équilibre entre les nombreux lacs, rivières souterraines, fleuves, torrents et surfaces émergées. La terre était souvent marécageuse, et seules quelques places privilégiées offraient des zones habitables. La propriété entourant la résidence royale était de celles-là. Le transport dans cette contrée se faisait majoritairement en bateau ou en barque à fond plat. Du moins, c’était ainsi qu’Erina avait toujours connu son pays. Toutes ces pensées se bousculaient alors qu’elle approchait de la grande salle du trône.
        Les deux gardes en faction devant l’entrée lui adressèrent un salut respectueux. Erina s’avança.
        — Ouvrez cette porte, je dois parler au roi !
        Impressionnés par le ton péremptoire, les soldats obéirent. Passant sous les boiseries ouvragées, elle entendit l’un d’eux murmurer :
        — La voix de son père est en elle !
        Elle refoula sa colère à l’évocation du regretté disparu. Il était mort depuis deux ans, et elle ne se résignait pas à l’accepter. Serrant les poings, elle balaya du regard la salle où siégeait le nouveau roi. Son frère avait été couronné malgré lui très jeune. Il avait alors à peine atteint l’âge de la majorité. Depuis, l’adolescent rêveur s’était transformé progressivement en dirigeant consciencieux. Le jeune homme idéaliste avait appris l’art des compromis. Ses yeux jadis rieurs s’étaient imperceptiblement voilés de tristesse. Il était tellement absorbé dans sa discussion avec son plus proche collaborateur, messire Argun, qu’il ne l’avait pas encore remarquée. Du fond de la salle, les rangées d’imposantes colonnes en marbre semblaient lui interdire d’approcher. Elle continua néanmoins sa progression, en évitant d’accélérer le pas.
        Le trône était disposé au centre d’une rotonde, surplombant les sièges réservés aux visiteurs. Latéralement, des bancs demi-circulaires accueillaient les conseillers présents lors des séances plénières. La coupole transparente qui surplombait l’ensemble avait été élaborée avec le plus pur cristal de la région des Lacs. Les dernières lueurs du jour pâlissaient, alors que des serviteurs s’activaient à allumer les chandeliers.
        Le conseiller Argun, tournant la tête, s’aperçut de sa présence. Forçant son amabilité, il lui présenta ses hommages. C’était un homme d’âge mûr, avec un léger embonpoint. Ses cheveux gris coupés réglementairement en brosse rappelaient qu’il avait été le commandant en chef des armées de son père. Il était grand et un peu voûté. Mais ce qui impressionnait la jeune fille, c’était la taille de ses favoris.
        — Erina, chère sœur ! Je suis en réunion de travail !
        Son frère l’apostropha sans ménagement, visiblement contrarié d’avoir été dérangé en pleine séance. Elle répliqua sèchement :
        — Il faut que je te parle, Erik… Immédiatement !
        Le froncement de sourcils de messire Argun aurait pu l’amuser, mais son frère lui rappela que le protocole exigeait qu’en public, on l’appelle « Votre Altesse ». Elle haussa les épaules et renchérit :
        — Je dois te parler… En privé !
        Le jeune homme se massa nerveusement le cuir chevelu. Finalement, il se tourna vers son conseiller, qui s’inclina et quitta la pièce en saluant l’importune. Erina monta sur l’estrade et s’assit sur le trône laissé vacant par son frère. Celui-ci la fixa un instant avant de demander en soupirant :
        — Qu’il y a-t-il de si important qui ne pouvait attendre ?
        Elle songea qu’il avait vraiment changé ces derniers temps. Il paraissait constamment préoccupé, au point d’oublier le lien qui les unissait. Ce lien, dont la mort de leurs parents avait définitivement scellé le pacte !
        — Tu es le seul à qui je peux me confier !
        Elle essuyait une larme du revers de la main, lorsqu’Erik la releva pour la prendre dans ses bras. La serrant tendrement, il murmura avec pudeur :
        — Ma petite sœur chérie…
        Ils demeurèrent ainsi un long moment, qui aurait pu s’éterniser, si elle n’avait pas mis fin la première à l’élan fraternel. Elle avait interrompu les affaires du royaume pour un motif qu’elle jugeait primordial. Elle proposa à son frère de s’assoir sur son trône. Il s’exécuta, non sans montrer quelques signes d’impatience. Il avait pris l’habitude de caresser sa barbe taillée avec soin. Celle-ci le vieillissait pour affirmer sa maturité, mais Erina devait reconnaître qu’elle l’embellissait. Le jeune homme faisait chavirer bien des cœurs. Il était robuste comme leur père, et avait lui aussi hérité de la beauté de leur mère. Elle prit sa main droite dans ses paumes jointes et lui raconta ses visions. Il ne posa aucune question, mais son regard las taisait ses reproches. Il se leva brusquement, comme pour briser le lien.
        — Erina, tu sais que je respecte tes dons de voyance. Cependant, des nouvelles alarmantes me préoccupent…
        Elle ne lui laissa pas le temps de terminer. Les joues empourprées, elle s’écria :
        — Mais que peut-il y avoir de plus grave que la destruction de notre monde ?
        Il hésita avant de lui répondre. Elle sentit qu’il répugnait à lui confier l’information, attisant encore plus sa colère.
        — Mais parle ! Quel est donc cet évènement primordial ? hurla-t-elle.
        Elle perdait le contrôle de ses nerfs, alors qu’il conservait un calme inquiétant. Il céda à sa demande.
        — Le Royaume des Ombres nous a déclaré la guerre. Les troupes du duc Dambre se massent à nos frontières !
        Elle resta sans voix. Ces tempêtes qu’elle avait pressenties symboliseraient donc les tumultes de l’invasion ? Erina avait vaguement entendu parler de ce royaume au nom lugubre. Elle s’apprêtait à questionner Erik ; mais celui-ci, visiblement mécontent d’avoir dévoilé un élément stratégique, quitta précipitamment la salle. Erina resta seule un long moment, se remémorant les détails de ses visions. Au plus profond de son être, elle savait que cet envahisseur n’était pas la vraie menace. Parfois, une douleur insoutenable lui déchirait l’âme, au point qu’elle souhaitait mettre fin à son existence. Heureusement, le sourire de sa mère, qu’elle conservait intact dans son cœur, agissait comme un baume. Elle revenait alors à la vie, mais avec la certitude d’un cataclysme imminent.
        ….

  2. Madame_Love dit :

    Je suis contente que ça t’ait plutôt plu 🙂
    C’est vrai que l’auteur est très sympathique^^

    Je n’ai pas encore eu le temps de regarder les prémices du tome 2 mais il faudrait.

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