L’Anneau des Nibelungen: une oeuvre lyrique en 4 épisodes

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas d’un roman ou d’une pièce de théâtre dont je vais vous parler aujourd’hui, mais d’une tétralogie lyrique orchestrée par Richard Wagner. L’Anneau des Nibelungen se compose de 4 opéras: L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Crépuscule des Dieux.

Je vois d’ici votre incrédulité: qui va s’amuser à lire le texte d’un opéra, a fortiori de 4?! Et bien, moi, apparemment 😀 (Et ce ne sont même pas les 1ers opéras que je lis, j’avais eu l’occasion de découvrir les 2 Faust de Goethe à la fac)

Alors pour être honnête avec vous, ce n’est pas la musique lyrique allemande qui me passionne, mais la mythologie germanique sur laquelle est basée ce cycle. Je ne sais pas si ça rend cette lecture moins inattendue, quoi qu’il en soit je suis très curieuse sur le sujet.

L’Or du Rhin. La Walkyrie. Siegfried. Crépuscule des Dieux. De Richard Wagner. Traduction de Jean D’Arièges. Présentation de Marcel Doisy. Editions GF-Flammarion, collection Bilingue. 256, 350, 315 et 320 pages. (1854, 1856, 1870, 1874)

Le nombre de pages peut faire peur, mais je vais vous rassurer tout de suite: chaque tome s’ouvre sur une chronologie de la vie de Wagner, puis sur une préface qui présente l’opéra et les conditions de sa représentation et de sa traduction en français, suivie d’une bibliographie; à la fin, on trouve également un « répertoire des leitmotivs » (?) associé à des extraits de partitions et une discographie de l’oeuvre. Le texte de l’opéra, quant à lui, est en vers et tient donc peu de place sur les pages. Pour finir, s’agissant d’une édition bilingue, toutes les pages de gauche proposent le texte en allemand, les pages de droite étant consacrées à la version française. L’ensemble du texte est donc relativement bref, personnellement je pense avoir consacré moins de 2h à chaque tome (je n’ai lu que les préfaces et les vers).

***

Je vous résume l’argument de chaque tome. Si vous souhaitez découvrir l’oeuvre par vous-même, ne lisez pas la suite, car je vais forcément vous spoiler. Rendez-vous pour mon avis après les prochaines astérisques 😉

Dans L’Or du Rhin, 2 actions permettent de démarrer l’intrigue. D’une part nous avons le nain Alberich (=un des Nibelung), qui tente de « séduire » les Filles du Rhin. Celles-ci sont des ondines chargées de veiller sur le précieux or du Rhin, qui est maudit. Celui-ci procure richesse et puissance magique, mais il faut renoncer à l’amour pour l’obtenir. Les ondines l’ayant repoussé en se moquant de lui, Alberich s’empare de l’or et le forge pour en faire un anneau doté de grands pouvoirs.

En parallèle, nous suivons les dieux. Wotan (=Odin) a chargé les géants Fafner et Fasolt de bâtir pour lui un somptueux palais, en échange de quoi il a promis de leur donner la déesse de la jeunesse, Freia. Les 2 géants acceptent de la rendre aux dieux en échange sa valeur en or, que Wotan va aller voler à Alberich. L’anneau permet de conclure le marché.

La Walkyrie s’ouvre sur la rencontre entre Siegmund, un jeune guerrier dont le peuple a été massacré, et Sieglinde, l’épouse d’Hundig. Hundig est à l’origine du massacre et Sieglinde fait partie de son butin. Les 2 jeunes gens, ignorant qu’ils sont en fait frère et soeur, tombent amoureux et s’enfuient, poursuivis par Hundig.

Wotan convoque sa fille, la Walkyrie (=une divinité guerrière chargée d’emmener les guerriers valeureux dans le séjour des dieux) Brünnhilde et la charge de protéger Siegmund et Sieglinde, qui sont ses enfants. Mais Fricka, l’épouse jalouse de Wotan et divinité du mariage, exige qu’Hundig obtienne justice. Brünnhilde va malgré tout tenter de sauver Siegmund et Sieglinde, laquelle est (déjà) enceinte. La punition ne tardera pas et la walkyrie va être déchue de son immortalité. Wotan la condamne en outre à un long sommeil dont seul un homme sans peur pourra l’éveiller.

Siedfried est le fils de Siegmund et Sieglinde, qui a été élevé par le nain Mime, le frère d’Alberich. Mime tente de reforger pour Siegfried l’épée de son père, Nothung, qui a été brisée par Wotan dans La Walkyrie. Mime compte se servir de Siegfried pour tuer Fafner, qui s’est changé en dragon pour veiller sur son or, avant de tuer le jeune homme et de s’approprier le trésor.

Siegfried est un jeune homme assez naïf qui a vécu reclus avec Mime, qu’il déteste férocement et dont il souhaiterait se libérer. Il ne connaît pas la peur et son tuteur propose de la lui apprendre: il s’agit d’affronter Fafner. Mais Siegfried tue le dragon et, en léchant ses doigts couverts de sang (beurk!), apprend le langage des oiseaux. L’un d’eux va lui expliquer que Mime veut le tuer et lui révéler l’existence de Brünnhilde, qui attend, endormie, qu’un homme sans peur vienne la tirer de son sommeil. Siegfried se précipite, rencontre Wotan qui tente en vain de l’arrêter, traverse le mur de flammes qui protège la Walkyrie et réveille Brünnhilde. L’opéra s’achève sur les 2 jeunes gens se déclarant leur amouuuur.

Crépuscule des Dieux s’ouvre sur un dialogue entre les Nornes (= divinités nordiques qui tissent les fils du destin), qui annoncent la fin tragique de tous les personnages. Avant d’en arriver là, le drame va se nouer de façon assez complexe. Siegfried quitte Brünnhilde après une nuit d’amour pour partir à l’aventure. Il rencontre Günther, sa soeur Gutrun et son demi-frère Hagen (qui est également le fils du nain Alberich). Hagen et Gutrun offrent une boisson magique à Siegfried, qui oublie aussitôt sa rencontre avec Brünnhilde et s’éprend de Gutrun. Günther n’ayant pas assez de courage pour aller conquérir Brünnhilde, Siegfried propose d’utiliser la magie pour prendre son apparence et aller la lui chercher, en échange de quoi il pourra épouser Gutrun.

Brünnhilde, humiliée et trahie, va réclamer vengeance et Hagen va manipuler à nouveau Siegfried pour justifier le meurtre qu’il complote. Les Filles du Rhin prédisent à Siegfried que s’il ne leur rend pas l’anneau, il mourra dans la journée. Le héros sans peur refuse de céder à la menace et c’est Brünnhilde qui rendra l’anneau aux ondines avant de se jeter sur dans le bûcher funéraire de Siegfried. Le brasier se propage et détruit tout, y compris les dieux et leur palais.

***

Je pense que personne ne me contredira si je souligne la complexité de l’intrigue ^^ Déjà rien que les liens familiaux entre les personnages sont un vrai casse-tête, d’autant qu’une partie de ces personnages ne sait pas être le frère ou l’enfant d’un(e) autre des protagonistes… Les Feux de l’Amour n’ont rien à envier à la mythologie nordique 😆

Outre cela, l’histoire est composée de plusieurs trames parallèles qui finissent par toutes plus ou moins se croiser à un moment ou un autre et qui se compliquent par l’adjonction de nouveaux personnages au fur et à mesure que certains autres disparaissent.

Les thèmes abordés sont nombreux et évoluent tout au long des 4 épisodes, mais forment un tout assez homogène. Il faut dire que Wagner a travaillé sur cette tétralogie pendant 25 ans (!) et que sa propre évolution a nourri son inspiration. Son oeuvre s’est enrichie de ses expériences et de ses réflexions, pour parvenir à un aboutissement probablement inégalé dans le genre.

Tout ça est très intéressant, mais sans les préfaces et explications qui complètent le texte, il serait particulièrement difficile de comprendre réellement de quoi il question ici. S’agissant de vers, il y a beaucoup d’images et d’allusions qui paraissent obscures au lecteur peu familier du genre. Et la mythologie germanique n’est pas toujours facile à suivre. En bref, un texte pas très accessible, mais qui a satisfait en partie ma curiosité à la fois sur ces opéras et sur la mythologie qui en est à l’origine.

Si je ne vous conseille pas vraiment de lire L’Anneau des Nibelungen du fait de sa complexité, je ne regrette pas ma lecture. J’ai trouvé que c’était un moyen original d’aborder la mythologie germanique. Sachant que Tolkien (entre autres) y a puisé une partie de son inspiration pour ses oeuvres et que Leiji Matsumoto en a tiré un anime que j’avais beaucoup apprécié (Harlock Saga), je suis ravie d’avoir pu découvrir ces opéras, même si je ne pense pas réitérer souvent ce genre d’expérience à l’avenir.

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4 commentaires pour L’Anneau des Nibelungen: une oeuvre lyrique en 4 épisodes

  1. Cela doit être très intéressant à découvrir, ne serait-ce que pour la culture générale. Merci pour cet avis. Si jamais je le lis un jour je te dirai ce que j’en ai pensé. 😉

  2. Cristy Selva dit :

    Cela doit être une lecture particulière, pas sûr que j’arrive à me plonger dedans. Mais merci pour la découverte 🙂

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