La Thébaïde

La Thébaïde ou Les Frères ennemis. De Jean Racine. Editions Le Livre de Poche, collection Classique. 73 pages/438. (1664)

Après la mort de leur père Oedipe, Eteocle et Polynice devaient régner chacun à leur tour pendant un an sur Thèbes. A la fin de la première année, Eteocle a refusé de laisser le trône à son frère. S’ensuit une guerre entre les Thébains qui soutiennent Eteocle et les Argiens, qui se battent pour Polynice (qui a épousé la fille de leur roi). Jocaste et Antigone, mère et soeur des deux hommes, tentent de leur faire entendre raison, tandis que Créon, leur oncle, jette de l’huile sur le feu dans le but de récupérer le trône et d’épouser Antigone, elle-même amoureuse d’Hémon, le fils de Créon.

Après avoir lu l’intégralité des pièces d’Eschyle, je me suis lancée dans le théâtre complet de Racine. Je sais que mon intérêt pour ces auteurs en laisse beaucoup perplexes, mais j’aime énormément le théâtre tout en n’ayant que rarement l’occasion de voir des pièces; d’autre part je suis toujours très curieuse de (re)découvrir des auteurs classiques, surtout quand les cours de français au collège ou au lycée auraient pu m’en dégoûter. Le hasard des éditions et de mes trouvailles en brocante a fait que la 1e pièce de mon recueil reprend un thème que j’avais déjà rencontré, chez Eschyle justement (Les Sept contre Thèbes), et que j’étais très curieuse de redécouvrir sous la plume d’un auteur d’époque plus récente.

La pièce de Racine est une tragédie en 5 actes et en vers. C’est-à-dire que tout le monde meurt à la fin, le tout en faisant des rimes. Je vais commencer par ce que je pense être le sujet qui fâche pour le plupart d’entre vous: les vers.  Alors pour être honnête, certains sont plus heureux que d’autres! Il y a parfois des interjections qui détonnent, juste pour parvenir au nombre de pieds nécessaires. Et certaines rimes reviennent assez souvent, notamment Antigone/trône, à croire qu’il n’y avait pas d’autre mots disponibles. Mais à côté de ça, il y a aussi de très jolis vers, bien tournés et imagés, qui sont agréables à lire. Une fois qu’on s’est habitué à lire par phrase et pas par vers malgré la mise en page, c’est plutôt fluide.

Pour ce qui est du contenu, il est assez différent de celui de la pièce d’Eschyle et j’ai trouvé intéressant de pouvoir faire la comparaison. Ici l’accent est mis davantage sur les liens familiaux que sur les malheurs de Thèbes. Les personnages sont autant victimes de la manipulation d’un homme que de la malédiction des dieux. Pour finir, la distribution est différente. Les personnages principaux de Racine sont plus le trio Jocaste-Antigone-Créon là où chez les Grecs le Choeur avait le rôle principal aux côtés d’Eteocle. Et certains personnages présents ne l’étaient pas chez Eschyle et inversement. Par ex, Jocaste est un des personnages centraux chez Racine, alors que, dans la mythologie antique, elle s’était suicidée en découvrant qu’Oedipe était son fils.

La grande force de la pièce de Racine, si on la compare avec celle d’Eschyle, c’est qu’elle est facile à comprendre. Le texte est plus clair (pas de références mythologiques obscures) et se suffit à lui-même là où Les Sept contre Thèbes faisait partie d’un ensemble dont les autres pièces avaient disparu. Les idées développées reprennent des thèmes puisés dans la mythologie antique, mais modernisés de façon à ce que les contemporains de Racine y retrouvent des parallèles avec leur époque.

Evidemment, s’agissant de théâtre du 17e siècle, la pièce ne plaira pas forcément à un lecteur du 21e. Personnellement je l’ai trouvée intéressante et très accessible. Le personnage de Jocaste ne m’a pas trop plu, dans le sens où elle geint beaucoup, mais j’ai plutôt bien accroché avec les autres. S’agissant d’une tragédie, on sait que ça va mal finir, mais ça ne m’a pas gênée, surtout que je connaissais déjà la trame de l’histoire.

En bref, une lecture plutôt agréable. Je m’attendais à galérer un peu sur les vers, mais la plume de Racine n’est pas lourde et je suis contente d’avoir redécouvert cet auteur avec cette pièce. Si l’occasion se présente, je verrais volontiers une adaptation sur scène.

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4 commentaires pour La Thébaïde

  1. Merci pour cette critique. J’adore les tragédies antiques et la plume de Racine, je pense donc que je devrais apprécier cette pièce ! Je la note sur ma (trop longue) liste de choses à lire un jour 😉

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