Iphigénie

Iphigénie. De Jean Racine. Editions Le livre de poche, collection classique. 74 pages/448. 1674.

Prête à s’embarquer pour aller faire la guerre à Troie, la flotte grecque est bloquée dans le port d’Aulis. L’oracle a parlé: Agamemnon, le chef de guerre de l’armée, doit sacrifier sa fille Iphigénie aux dieux, qui accepteront alors de relâcher les vents.

Cette pièce est celle de Racine que j’ai préférée jusqu’ici. On n’est pas dans le triangle amoureux médiocre qu’il affectionne habituellement. Alors oui, il y a encore un triangle amoureux, mais les enjeux de la pièce ne reposent pas sur la résolution d’une intrigue amoureuse, sanglante ou pas.

Le fond de l’intrigue, c’est le trio Agamemnon-Iphigénie-Achille. Achille étant le fiancé d’Iphigénie et Agamemnon ayant fait venir Iphigénie sous le prétexte de les marier avant le départ pour Troie. Achille est à la fois furieux d’avoir servi à attirer la victime et prêt à tout pour sauver la femme qu’il aime; Agamemnon est indécis, parce que quand même, c’est sa fille, mais bon, d’un autre côté ne pas la sacrifier lui coûterait son prestige, alors vous comprenez, le choix est difficile, hein; quant à Iphigénie, elle pousse l’amour filial jusqu’à consentir au sacrifice, alors que 2 minutes plus tôt elle était prête à tout pour ne pas perdre Achille.

Les autres personnages importants de l’intrigue sont Clytemnestre, la mère d’Iphigénie, qui évidemment ne prend pas bien la chose, et Eriphile, la 3e protagoniste du triangle amoureux, qui a tout intérêt à ce qu’Iphigénie y passe et dont la naissance pseudo-mystérieuse est dévoilée au lecteur/spectateur dès la liste des personnages. Ce qui rend malheureusement le dénouement assez prévisible.

L’intrigue repose essentiellement sur la psychologie de protagonistes qui se battent avec leur propre conscience et dont les sentiments parfois ambivalents entravent la réflexion. La question qui se pose pour Agamemnon, par exemple, est moins celle du bien et du mal, mais de ce qu’on vont penser les autres, alors qu’il question de la vie de sa propre fille, rien de moins.

Si ce n’est la fin, que j’ai trouvée trop facile et dont il me semble qu’elle n’est pas complètement fidèle au mythe original (dites-moi si je me trompe), j’ai trouvé l’histoire très bien menée. Les personnages évoluent de façon crédible et leurs actions sont en accord avec leurs caractères, même si certains des sentiments attribués aux femmes m’ont paru un peu fumeux (mais bon, c’est le 17e siècle s’inspirant de l’Antiquité, alors…).

La pièce est en vers, mais ils s’enchaînent bien et, même si c’est déstabilisant pour un lecteur contemporain, on s’habitue rapidement. Il y a beaucoup de longs monologues, dont certains sont très inspirés.

Une pièce très intéressante, que j’ai pris plaisir à lire malgré certains points négatifs et que j’aimerais voir représentée à l’occasion.

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