Rouge est la Nuit

Himewaka Reiko tome 1 : Rouge est la nuit. De Tetsuya Honda. Editions Atelier Akatombo. 350 pages. 2006 (traduction française en 2019).

Résumé de l’éditeur: Premier ouvrage d’une série écrite par Tetsuya Honda et qui a pour héroïne le lieutenant Reiko Himekawa, étoile montante de la brigade criminelle de Tokyo, policière sans peur qui résout les crimes les plus atroces, tout en dirigeant avec brio une équipe masculine. La série dépasse les quatre millions d’exemplaires vendus au Japon et le premier roman a été adapté au cinéma et trois fois à la télévision. Quand un corps enveloppé dans une bâche de plastique bleu et attaché avec de la corde est découvert dans les fourrés d’un parc, le lieutenant Reiko Himekawa et son équipe sont sur l’affaire. Le corps atrocement mutilé est le premier d’une longue série qui conduira Reiko dans les méandres du dark web et d’un site où le sang a la couleur des fraises mûres la nuit.

Merci à la Masse critique Babelio de mars et aux éditions Atelier Akatombo pour cette lecture 🙂

On est ici dans une intrigue policière assez classique: on trouve des corps et les policiers mènent l’enquête. L’originalité du roman, pour un lecteur occidental lambda (c’est-à-dire qui se tourne plutôt vers les romans anglophones ou nordiques quand il veut lire de la littérature policière étrangère), réside dans son contexte japonais.

L’héroïne du roman est une femme inspectrice, la seule de son commissariat. Elle ne travaille qu’avec des hommes, quelle que soit leur place dans la hiérarchie ou le service auquel ils appartiennent. Et autant vous dire que sa vie de policière est très difficile. Elle est en butte non seulement à une organisation très hiérarchisée où ne pas mal faire est plus important que bien faire, mais également extrêmement sexiste. Les brimades sont ordinaires et le harcèlement sexuel et moral fait partie de son quotidien.

J’ai été extrêmement choquée par la façon dont ces diverses formes de harcèlement sont décrites. Pas que l’auteur les justifie, mais parce que c’est présenté comme banal, normé. C’est le quotidien d’une femme flic au Japon en 2006 (date de publication du roman). Le pire étant que le personnage réagit en frappant l’un des harceleurs « quand il dépasse les bornes » et se dit qu’il lui manque quand il n’est pas là. Whaaaat!?

Outre cela, elle doit affronter une situation personnelle compliquée (comme beaucoup de policiers de la littérature, elle doit surmonter un traumatisme du passé) et la pression de sa famille qui lui organise des rendez-vous arrangés pour lui trouver un mari (si vous êtes un peu familier avec les séries télé asiatiques, le concept ne vous est pas étranger), au point qu’elle est contente quand une enquête lui tombe dessus (c’est-à-dire quand quelqu’un est tué, puisqu’elle appartient à la brigade criminelle) parce que du coup elle a une excuse pour ne pas rentrer chez elle (n’étant pas mariée, il est exclu qu’elle ne vive pas chez ses parents).

On apprend également beaucoup de choses sur la police japonaise, ses méthodes et ses moyens. C’était très intéressant, surprenant parfois pour qui ne connaît pas ou pas bien le milieu. Les habitué-e-s de dramas retrouveront là aussi des thèmes chers à ce genre, comme la corruption des élites ou des fonctionnaires.

L’enquête quant à elle, sans être particulièrement originale, est assez palpitante. On a envie de découvrir le fin mot de l’histoire et on essaie de raisonner en même temps que les policiers qui mènent l’enquête. On n’a malheureusement pas tous les éléments en main pour parvenir à une conclusion éclairée, l’auteur réservant certaines découvertes pour la fin de son récit. Ce qu’on découvre est au-delà du glauque « ordinaire », on a donc quelques surprises au fil de la lecture. Un bon point étant qu’on en apprend plus sur les personnages au fur et à mesure que les révélations nous sont dévoilées. Que la fin soit crédible ou pas, je le laisse à votre appréciation. Elle m’a convenu sans me laisser non plus hyper transcendée.

A noter que quelques éléments de détails semblaient incohérents. Par exemple, un infarctus devient un AVC quelques chapitres plus tard… Je les mets sur le compte de la traduction et, si ça m’a déstabilisée sur le coup, je reconnais que ça n’a pas entravé ma lecture.

Une lecture que j’ai dévorée malgré les nombreux moments où je me suis indignée, c’était très addictif. Je recommande pour les amateurs du genre (mais je déconseille aux âmes sensibles, certaines scènes sont réellement choquantes).

Cet article, publié dans Lecture, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Rouge est la Nuit

  1. Plus que par l’enquête, c’est le contexte sociétal et culturel qui me tente pas mal, d’autant que je ne pense pas être déjà tombée sur une femme inspectrice dans un roman japonais !

    Aimé par 1 personne

    • ducotedechezcyan dit :

      Dans ce cas, ce roman est fait pour toi, sachant qu’il y a des scènes très choquantes, et ça dès le prologue, sois prévenue 😉 En se rappelant qu’il date de 2006 (j’espère vraiment que les choses ont évolué dans le bon sens depuis…).

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.