La Pierre et le Sabre

La pierre et le Sabre. De Eiji Yoshikawa. Editions France Loisirs. 780 pages. 1935.

Japon, 17e siècle. Après avoir survécu à une sanglante bataille et traversé quelques mésaventures, le jeune Takezo décide de se consacrer à l’étude du sabre et de sillonner le pays dans le but de s’améliorer, se faisant un tas d’ennemis au cours de ses pérégrinations.

Ce roman est basé sur la vie de personnages historiques, mais on reste dans la fiction. Il s’agit à la fois d’un roman d’apprentissage, puisque nous suivons le personnage principal dans son évolution pendant quelques années, de l’adolescent brouillon et brutal au samouraï devenant progressivement maître de son « art »; mais aussi d’un récit d’aventures, qu’on pourrait qualifier de picaresque si on le rapproche de romans européens.

Dans la préface (en partie spoilante, mais vous pouvez lire les premiers paragraphes, qui ne font que préciser le contexte), ce roman est comparé à Autant en emporte le Vent de Margaret Mitchell. Cette comparaison n’est pas à prendre au pied de la lettre, mais plutôt dans le sens où il est question d’une époque qui a été déterminante historiquement dans l’Histoire du pays. Sur le fond et la forme, je rapprocherais plutôt La Pierre et le Sabre de récits comme Les trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas: un jeune provincial désargenté cherche à se faire un nom grâce à son sabre, connaît de multiples aventures et de nombreux combats.

La comparaison ne s’arrête pas là. Dans ce roman comme dans ceux de Dumas, la vie humaine a peu de valeur: on s’entretue comme on change de chemise, pour des raisons futiles, on se bat à dix contre un, on traite les femmes comme des objets, et, en résumé, on fait le portrait d’une société rongée par la violence et les excès.

Le héros est globalement un peu moins une grosse brute que les autres personnages masculins, mais n’est pas toujours forcément très sympathique. Il parcourt le pays à la recherche d’hommes d’épée plus réputés que lui, dans le but de les vaincre et de prouver qu’il est le plus fort. Il traîne dans son sillage son apprenti, un jeune garçon particulièrement exaspérant, assez stupide et violent, une jeune fille amoureuse (le seul personnage à avoir un peu de plomb dans la cervelle à mon avis), ainsi que tous les gens qu’il a indisposés et qui veulent se venger de lui.

On note que, comme les personnages de Dumas qui étaient prêts à se trucider pour un mouchoir ramassé, les protagonistes de La Pierre et le Sabre ont une notion de l’honneur particulièrement étrange: pour se venger d’un affront, réel ou imaginaire, ils font usage sans complexe de diffamation, de meurtres (dont bizarrement les autorités ne se préoccupent jamais beaucoup) ou de mutilations, et ne voient aucun déshonneur à envoyer 70 hommes se battre contre un homme seul… Ce que l’auteur ne manque pas de souligner, parfois avec une certaine ironie.

A travers ce roman, c’est le portrait du Japon à cette époque qui nous est montré. Dépaysement garanti, malgré les ressemblances avec les romans d’aventures français que j’ai mentionnées. Beaucoup de descriptions des paysages et de la nature sont faites, des éléments des croyances et traditions nous sont présentées. Il y a également beaucoup d’action, même si le récit n’est pas dénué de certaines longueurs (le héros réfléchit beaucoup) et répétitions (après 2 ou 3 combats, on a un peu l’impression de tourner en rond quand un de plus survient).

C’était malgré tout une lecture assez fluide, intéressante pour en apprendre plus sur le Japon, son Histoire et ses idées. Mon problème a été que j’ai trouvé les personnages tous plus pénibles les uns que les autres, surtout qu’on nage en pleine culture du violeur. Les femmes qui ne sont pas des victimes ou des prostituées sont les complices des violences envers les jeunes filles, voire sont coupables de violences elles-mêmes. Le personnage le plus intéressant et le seul que j’aie trouvé réellement attachant est Otsu, la jeune orpheline qui tente de se libérer d’une vie toute tracée et peu attrayante.

L’autre point négatif que j’aurais à souligner concerne l’édition: il n’est précisé nulle part qu’on n’est pas dans un one shot et qu’il s’agit d’un tome 1. En arrivant à la fin, j’ai bizarrement trouvé que la conclusion était plus qu’abrupte et que rien n’était réellement résolu. Vérification faite, il y a un tome 2: La parfaite Lumière. Je suis un chouïa agacée, si j’avais été prévenue, je n’aurais pas acquis ce tome tout seul (achat dans une bourse aux livres)…

Pour résumer, une bonne lecture, mais pas dénuée d’aspects dérangeants, ce qui finalement fait partie de son intérêt, mais aussi de quelques passages assez ennuyeux. Soyez prévenu-e-s que c’est assez violent et sanglant.

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2 commentaires pour La Pierre et le Sabre

  1. Vu la taille de ma PAL, je ne me fais pas d’illusion sur le fait d’avoir le temps de lire ce petit pavé, a fortiori s’il y a une suite, mais dans d’autres circonstances, j’aurais foncé parce que j’aime beaucoup cette idée de découvrir un roman d’aventure à la japonaise, connaissant peu le contexte historique de ce pays qui me fascine.

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    • ducotedechezcyan dit :

      Concrètement, ça se lit relativement vite, l’épaisseur du bouquin ne m’a pas posé vraiment problème, si ça peut te rassurer 😉 Après c’est sûr qu’on doit pouvoir trouver plus court ^^

      Aimé par 1 personne

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