Le Rêve du Démiurge

Le Rêve du Démiurge, Intégrale 1. De Francis Berthelot. Editions Dystopia Workshop et Le Bélial. 452 pages. 2015.

Résumé de l’éditeur: Par-delà sa conception soignée, Le Rêve du démiurge se révèle à de nombreux égards audacieux et d’une très grande richesse. La profusion de personnages qui se croisent et se retrouvent d’un volume à l’autre ne fait que mieux mettre en valeur les figures les plus fortes de son univers. Les manifestations fantastiques montrent une imagination fertile et une constante originalité d’inspiration. […] Les drames familiaux d’ampleur exceptionnelle abondent ; leurs protagonistes ne s’y réduisent pourtant pas, tortionnaires comme victimes ont conscience de leurs pulsions ou de leur condition, et seul le choix délibéré de la cruauté froide empêche la rédemption de certains. […] S’il est possible de lire ces romans isolément, les relations qu’ils tissent les uns entre les autres incitent puissamment à découvrir le cycle dans son ensemble. Il ne reste plus qu’à entrer dans le Rêve. » Extrait de la préface

J’ai reçu ce livre grâce à la Masse critique Babelio d’octobre, merci pour cette lecture 🙂

Tome 1: L’Ombre du Soldat. 139 pages. 1995.

1952. Dans un petit village du Sud de la France, le petit Olivier est le souffre-douleur de ses camarades et le témoin de la mésentente entre ses parents. En grandissant, il va découvrir les secrets des adultes, liés à l’Occupation.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en ouvrant ce livre et la lecture de la préface m’avait laissée un peu perplexe. J’ai vite compris pourquoi il était difficile de parler de ce roman.

On est rapidement plongé-e dans une ambiance qui oscille entre le drame historique et le fantastique (au sens littéraire du terme: on ne sait pas s’il y a réellement un élément surnaturel ou si c’est l’imagination du protagoniste qui travaille). Les évènements sont assez violents, surtout que le personnage principal est un enfant. Le contexte historique est délicat à traiter, mais l’auteur s’en sort avec brio. On sent les tensions dans le village, les secrets se dévoilent peu à peu sous les yeux d’Olivier.

Tome 2: Le Jongleur interrompu. 150 pages. 1996.

Bretagne, 1966. Pétrel, un adolescent vivant en marge de la société rigide de son village, voit son quotidien bouleversé par l’arrivée d’un cirque. Il est rapidement fasciné par Constantin, un jongleur mourant.

Je ne pensais pas aimer ce roman, quand j’ai vu qu’il se déroulait dans le milieu du cirque. Contrairement à beaucoup de lecteur-ice-s, c’est un contexte qui ne me fait absolument pas rêver, voire qui me rebute un peu. Finalement j’ai été extrêmement surprise par ce récit, qui a été mon préféré de cette Intégrale.

Il faut dire qu’on s’attarde assez peu sur le cirque en lui-même, même s’il a son importance. Ce sont les personnages et les relations qui se nouent entre eux, leur évolution au contact les uns des autres et de leur environnement, ce coin de Bretagne battu par la mer et par les vents, qui font tout l’intérêt de l’histoire.

Tome 3: Mélusath. 255 pages. 1999.

Une troupe de théâtre au bord de la faillite s’efforce de monter une pièce malgré les nombreuses difficultés qu’elle rencontre. Arrive dans le groupe Gus, un peintre amnésique et halluciné, chargé de créer les décors et une fresque qui aura des propriétés assez inhabituelles.

Avec ce roman, situé quatre après le précédent, on fait le lien entre les deux premiers tomes, qui ne semblaient pas appartenir à la même série. On entre également de plein pied dans le surnaturel.

Je n’ai pas complètement adhéré à ce tome, même si globalement ç’a été une bonne lecture. C’est en partie dû aux circonstances: s’agissant d’une Intégrale reçue grâce à la Masse critique, j’ai dû enchaîner la lecture des trois romans assez rapidement, alors que j’aurais préféré faire des pauses plus longues entre chaque. Vu les sujets abordés et le traitement assez cruel, en particulier dans Mélusath, qui en est fait, c’était assez lourd. En plus, pendant la lecture de ce tome-ci, j’ai constamment été dérangée et n’ai jamais pu me concentrer très longtemps, lire plus de quelques pages à la suite, alors que j’avais dévoré les autres chacun d’une traite. Bref, mon ressenti en a pâti.

D’autre part, si j’avais pu éprouver de l’empathie pour les personnages des premiers tomes, ça n’a pas été le cas ici. Le contexte du théâtre et de la peinture m’ont beaucoup plu, mais je n’ai pas apprécié les personnages et du coup j’avais juste hâte d’arriver à la fin pour voir comment l’auteur allait les sortir des problèmes où il les avait plongés. Je pense que l’élément surnaturel n’a pas aidé, j’aurais préféré qu’on reste dans l’incertitude sur ce point, comme avec le tome 1.

Au final, l’ensemble de cette lecture a été surprenante, tant sur le fond que sur la forme. Les thèmes abordés étaient super intéressants et l’auteur a choisi des angles d’attaque inattendus. La plume est agréable, assez particulière. On nous propose des images et métaphores originales, pour traiter des sujets difficiles. Le seul reproche que j’aurais à faire est qu’on a souvent des généralisations sur les femmes, genre des choses dont « les femmes » auraient le secret ou des comportements qui s’expliquent par le fait que les personnages sont « des femmes »…

Un ensemble de romans très atypique, que ce soit par les thèmes abordés ou leur traitement. A ne pas lire à un moment où vous seriez déprimé-e ou angoissé-e, par contre, c’est assez anxiogène. Raison pour laquelle je ne parle pas d’une « excellente lecture », ce serait cruel envers les personnages, mais ç’a été une très chouette découverte.

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3 commentaires pour Le Rêve du Démiurge

  1. Dommage que tu n’aies pu lire cette intégrale comme tu l’aurais souhaité, mais les romans semblent intéressants, d’autant que ce jeu sur le fantastique au sens premier du terme me semble de plus en plus rare. Ou c’est moi qui ne m’oriente pas vers les bons textes, ce qui est tout à fait possible. Quant à l’originalité de l’angle d’attaque des thématiques, c’est un bon argument pour noter le titre dans ma wish list…

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