Défi cinéma #7: La Belle et la Bête

C’est tranquillement, mais sûrement, que j’avance dans mon défi cinéma, cette fois-ci grâce à Gulli qui diffusait il y a quelques jours La Belle et la Bête version Jean Cocteau. Un film qui avait su me séduire enfant, puis adolescente, et qui m’avait beaucoup marquée.

La Belle et la Bête. Scénario et réalisation de Jean Cocteau. D’après le conte de Madame Leprince de Beaumont. Avec entre autres: Jean Marais, Josette Day, Michel Auclair et Marcel André. 96 minutes. 1946.

Le père de la Belle a volé pour elle une rose dans le jardin de la Bête. Il doit payer ce crime de sa vie, à moins qu’une de ses filles se livre à sa place. La Belle part donc pour le palais de la Bête, qui lui demande chaque soir de l’épouser.

Je ne vais pas plus loin dans le résumé, je crois que tout le monde connaît la trame de l’histoire et la bande-annonce vous donnera une idée du reste.

Quel intérêt trouver à ce film, alors, puisqu’on connaît tous l’histoire sous une version ou une autre, surtout quand on l’a déjà vu?

Pour commencer, c’est Jean Cocteau qui est aux commandes et ça change beaucoup de choses, en particulier sur l’aspect visuel. Les décors et les costumes sont très riches, foisonnants, ce qui donne au film un côté assez baroque. Chez Belle et sa famille, les lieux sont plutôt clairs, sobres et les scènes à l’extérieur montrent des espaces dégagés, mettent l’accent sur le quotidien et les tâches qui l’occupent.

Lorsqu’on est chez la Bête, au contraire, tous les décors sont fastueux (normal, me direz-vous, c’est un palais!): tous les espaces sont remplis par des objets, des meubles, des dorures. Le huis-clos entre les 2 protagonistes principaux est renforcé par un clair-obscur qui n’est pas sans rappeler la peinture de Rembrandt, avec ses zones d’ombres qui contribuent à une ambiance un peu lourde. Il s’agit sans doute, pragmatiquement, de cacher les lacunes des effets voulus par le réalisateur, mais aussi d’accentuer la lourdeur de l’ambiance dans laquelle évoluent les personnages. Le poids de la malédiction qui pèse sur la Bête, son désespoir et sa colère, est la contrepartie de la peur de la Belle, de sa fascination horrifiée pour son geôlier.

Dans cette ambiance, on se demande comment le conte va arriver à la fin attendue, car même si la Belle est touchée par la bonté de la Bête, elle n’est pas prête à passer outre sa monstruosité. Car ce qui ressort de cette version de l’histoire, c’est que la Belle a le goût des belles choses et des beaux garçons. Il suffit de voir Avenant, l’ami de son frère, qu’elle ne refuse d’épouser que parce qu’elle ne veut pas quitter son père et certainement pas parce qu’elle ne l’aime pas ou qu’il ne lui plaît pas. Ici le film peut sembler une métaphore sur la peur de la jeune fille à devenir une femme, que ce soit lorsqu’elle est courtisée par un jeune homme qui lui plaît ou lorsque le beau prétendant est remplacé par une Bête aux instincts animaux, les 2 étant interprétés par le même acteur, le fringant Jean Marais. De là à y voir 2 aspects d’un même personnage, il n’y a qu’un pas, que je ne franchirai pas, mais qui me paraît donner plus de profondeur à une intrigue archiconnue.

L’autre thème qui est abordé, donc, est celui des apparences. On s’attend bien sûr à le trouver là, puisqu’on parle d’une créature monstrueuse, mais au coeur pur et aimant, en opposition à des personnages physiquement beaux, mais aux aspirations bassement pécunières. Les 2 soeurs de Belle sont de jolies filles uniquement préoccupées de beaux vêtements et de bijoux, obsédées par le paraître qui définit leur place dans la société. Leur frère Ludovic et son ami Avenant sont des jeunes gens somme toute séduisants et gais, mais qui n’ont pas un sou vaillant, ayant tout dépensé en beuveries ou perdu au jeu. Si Avenant veut épouser Belle par amour et est décidé à courir tous les dangers pour la libérer de la Bête, il n’en oublie pas pour autant les richesses qu’il compte bien s’approprier après avoir tué son rival.

La Belle elle-même, si elle est désintéressée quand il s’agit d’argent ou de bijoux (encore qu’elle ne se fait pas prier pour accepter les cadeaux de son hôte), aime ce qui est beau et ne le cache pas. Si elle voulait une rose, c’est que les fleurs sont belles. Et si elle repousse la Bête, même si elle est touchée par sa personnalité et en vient à l’aimer, c’est bien parce que sa monstruosité lui répugne. C’est d’ailleurs avec ravissement qu’elle reconnaît les traits d’Avenant dans ceux du prince une fois la malédiction levée. Elle n’est d’ailleurs pas toujours bien sympathique et est même parfois assez hautaine s’agissant de ce thème.

La réalisation est très inspirée, les décors sont imaginatifs et les acteurs, s’ils en font un peu trop, sont tout à fait dans le registre qui convient au film. La transposition de la magie présente dans le conte à l’écran est une réussite, à la limite du gothique dans son traitement, ce qui donne à l’ensemble un cachet et une ambiance impressionnants, dans tous les sens du terme.

Un excellent film, tant pour les sujets abordés que pour leur traitement, que je vous recommande chaudement si vous ne l’avez pas vu. Et si vous l’avez vu, j’ai hâte de savoir ce que vous en avez pensé 😉

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9 commentaires pour Défi cinéma #7: La Belle et la Bête

  1. Ping : Défi cinéma | Du côté de chez Cyan

  2. vinushka64 dit :

    Très belle chronique. Je l’ai vu récemment et j’ai adoré cette version. On retrouve des similitudes avec la version originale, comme l’attachement au père, mais aussi du renouveau comme le personnage d’Avenant. Je ne m’attendais d’ailleurs pas à cette fin, et j’ai fait la même interprétation que toi sur les deux aspects de l’homme. Rien que les prénoms choisis : l’avenant vs la bête.. c’est décidemment un film très intéressant.
    J’ai également adoré les décors. Avec peu de moyens, il a réussi à créer une ambiance sombre et magique. Je me suis demandé si le manque de technologie à cette époque n’a pas contribué à cette imagination très poétique. Avec les effets spéciaux de maintenant, on tombe souvent dans la facilité en termes de représentation. Cela m’a donné envie de voir d’autres vieux films.

  3. Systia dit :

    J’ai vu quelques fois ce film étant plus jeune et il m’a marquée (visuellement, surtout : les candélabres-bras dans le couloir, etc). Il est même un ‘tit peu « effrayant », je trouve : le château de la Bête est certes somptueux, mais un peu flippant, non ? Sombre, des tas de trucs animés (les lampes dans le couloir, des têtes près de la cheminée -si je me souviens bien), etc.

    J’ai l’intention de le regarder de nouveau, histoire de voir si mes souvenirs sont fidèles et si je le comprends mieux (pas qu’il m’ait semblé vraiment obscur, mais je suis sûre que j’ai loupé des trucs).

    • ducotedechezcyan dit :

      Il y a un côté gothique à la limite du flippant, c’est vrai 😉
      J’aime bien découvrir de nouvelles choses en revisionnant ce genre de films, comme tu dis, c’est facile de louper des trucs 🙂

  4. Un de mes films préférés !
    Article très sympa, au passage 😁

  5. isabelle dit :

    Très belle chronique

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